vendredi 13 octobre 2017

PETITE MAMAN

© Dargaud 2017 - Mahmoudi
L’enfance de Brenda n’est pas celle à laquelle tout enfant devrait avoir droit. Humiliée et violentée par son beau-père, délaissée par sa trop jeune mère, elle se construit, seule, dans la souffrance et la culpabilité…

Véritable documentaire qui prend le crayon là où d’autres utilisent un micro et/ou une caméra Petite maman fait œuvre de tact pour aborder un sujet aussi douloureux que délicat. S’il est difficile de filmer ce que l’on subodore, il est plus facile de le dessiner avec toute l’intégrité morale que cela implique, et en cela cet album est un petit bijou d’équilibre et de psychologie. Ceux qui rechercheraient un plaidoyer larmoyant ou racoleur sur des drames qui se jouent à huis clos à un bloc, une rue ou même une porte, en seront pour leur frais. Halim Mahmoudi - en observateur discret - s’abstient de tout jugement à l’emporte-pièce et reconstitue avec compassion et douceur, mais sans occulter la douleur des coups et la violence des mots, la complexe résilience d’une enfant devenue la souffre-douleur expiatoire d’exactions banalisées par le quotidien.

Pleine d’espoir, cette chronique sociale que l’on souhaiterait n’être que de pure fiction interroge surtout sur notre capacité collective à ne pas vouloir voir, à ne pas savoir oser ou à refuser de s’imaginer un inimaginable qui chaque année fait plus de 98.000 jeunes victimes.

dimanche 1 octobre 2017

GUNBLAST GIRLS

1. Dans ta face minable !

Recette du Gunblast Girls cake. 

© Le Lombard 2017-  Crisse
Tout d’abord, choisissez un team de filles un peu badass sur les bords (il faut que la gent masculine s’y retrouve a minima) et un brin stéréotypées. Montez l’ensemble au batteur (à grande vitesse) avec un doigt de "dernière mission comme au bon vieux temps avec un max de pognon à la clef " et réservez au frais. 

Dans un plat réchauffé, mettez une galerie de branquignoles de première avec le QI d’un poulpe et la force de frappe d’un porte-avion, puis ajoutez un vrai méchant bien mafieux affublé de deux belles garces : l’une rousse incendiaire (toujours !) et l’autre qui se prend pour la belle-mère de Blanche-Neige. Nappez l’ensemble de vide sidéral additionné de paranormal et d’un brin d’humour dans les dialogues ainsi que de quelques références graphiques assumées pour l’onctuosité. Pour le croquant disposez, selon votre envie, de jolis vaisseaux spatiaux et une poignée d’extra-terrestres. 

Servez le tout à des adolescent(e)s affamé(e)s, vous ferez certainement des heureux(-euses) à défaut de décrocher vos trois étoiles…

À COUCHER DEHORS


© Bamboo Édition 2017 - Ducoudray & Anlor
Nicolas reste introuvable et avec lui s’évanouissent les derniers espoirs pour Amédée d’avoir un toit à soi… 

Avec À coucher dehors Aurélien Ducoudray s’en donne à cœur joie dans le bon mot. Sur un récit cacophonique dont la succession des rebondissements devient statistiquement problématique, l’auteur de Mort aux vaches ! peine à convaincre. L’histoire est jolie, mais sauf à rester dans le registre de la comédie, quelque peu forcée, la galerie de portraits comme les situations deviennent par trop caricaturales pour être crédibles. Graphiquement, Anlor emprunte la même voie et fait surjouer ses différents personnages. Toutefois, la composition classique de ses planches comme de ses décors évite à l’ensemble de glisser vers l’excessif. 

Quoiqu’il en soit À coucher dehors possède le mérite de vouloir traiter de la connerie en générale et de la différence en particulier, ce qui - au demeurant - reste une louable et vaste entreprise.

Ut #3


© Mosquito 2017 - Barbato & Roi
Énigmatique, Ut s’inscrit dans la lignée de ces séries qui ne laissent pas indifférent et pourrait - pour peu que le hasard y pourvoie - devenir culte pour d’aucuns. 

Cela a déjà été dit, mais Histéria entérine définitivement le fait, Corrado Roi fait preuve d’une maîtrise du noir et blanc qui frôle la perfection. La technicité chirurgicale de son trait et la charge émotionnelle qui s'en dégage, entraînent de concert le lecteur vers des horizons aussi déconcertants qu’inusités. Il serait prétentieux de parler d’Art mais, par certains aspects, nombre de planches tutoient le concept. 

Cependant, comment ne pas être réducteur ou caricatural avec ce pavé de plus de six cents pages. Plus que des mots, ce sont des impressions confuses qui subsistent, ainsi que le vague sentiment d’avoir fortuitement compris l’essentiel. Ut est un cauchemar où le primal l’emporte sur la raison. Là réside peut-être sa magie, car si le fil rouge demeure mystérieux, il faut reconnaître cependant qu’un semblant de récit prend corps dans les ruelles d’une ville fantomatique ou à l’intérieur d’une maison utérine. Toutefois, savoir où Paola Barbato souhaite nous conduire relève de la pure spéculation. Manifestement, Corrado Roi y a mis du sien, mais il est évident aussi, connaissant l’importance que la scénariste italienne accorde à la psychologie chaotique de ses personnages dans ses romans, qu’il faille essayer de rechercher - dans cet univers "lovecraftien" - quelles allégories.

Triptyque à l’esthétique troublante et à l’ambiguïté singulière, Ut est indéniablement l'une des révélations de l'année.

VALERIAN VU PAR ...


© Dargaud 2017 - Lupano & Lauffray
Monsieur Albert a décidé de se faire du Shingouz, juste histoire de passer ses nerfs pendant que Valérian se frotte aux joies du trading quantique et que Laureline voit vendre ses charmes bien malgré elle ! 

Après Manu Larcenet, voici que le duo Lupano & Lauffray s’offre une variation sur un thème cher à Pierre Christin et Jean-Claude Mézières. Mais après un été saturé par Besson et sa Cité des mille planètes, n’est-ce pas trop ? 

En propos liminaire, il convient de préciser que ce Shingouzlooz Inc. doit être lu avec curiosité et non pas avec nostalgie. Cette précaution prise, rien ne s’oppose à apprécier la façon dont Wilfrid Lupano s’empare de l’univers développé par son aîné. Dès lors, deux manières d’appréhender la prestation s'offrent au lecteur : l’une, critique, considère que l’exercice vire aux figures imposées et au plagiat sans réelle saveur ; l’autre se délecte de l’irrévérencieuse densité du récit proposé. Cocktail de références cuisinées aux goûts du jour par un scénariste qui connait assez ses classiques pour surfer sur les polémiques du temps et se permettre de nombreux clins d’œil, souvent humoristiques. De même, avec un trait semi-réaliste qui s’adonne occasionnellement au comique sans surjouer et qui sait parfaitement remplir les grands vides intergalactiques de créatures gigantesques, Matthieu Lauffray rend une copie plus que probante, surtout lorsqu’il s’attaque à la plastique de Laureline. Alors, effectivement, la partition graphique est différente de celle de Jean-Claude Mézières, mais encore heureux puisque la finalité de la chose est de digresser librement et non pas de plagier... 

Fidèle dans l’esprit, mais différent dans la lettre, ce nouvel opus de Valérian par… démontre qu’avec du vieux, il est toujours possible de faire du neuf… à condition de le réaliser, comme ici, avec talent.

samedi 2 septembre 2017

SAGA VALTA


© Le Lombard 2017 -  Dufaux & Aouamri
Il est maintenant temps pour Valgar de faire valoir ses droits sur celle qu’il aime et sur son fils. Mais Thorgerr ne voit pas les choses ainsi, bien décidé à réduire au silence celui qui a déshonoré son lignage… 

Fin du triptyque de Jean Dufaux et Mohamed Aouamri dans une frénésie en rouge et noir. Rouge comme le sang qui coule à flots, noire telle la magie qui obscurcit les esprits. 

Fidèle à l’esprit des sagas nordiques, le scénariste belge ne cherche pas foncièrement à innover et campe dans sa zone de confort en restant dans un registre classique, mais qui fonctionne parfaitement. En auteur avisé, il sait même - sur cet album de conclusion - refermer toutes les portes en se préservant une issue de secours… dès fois que l’envie lui prendrait de revenir un jour ! 

Pour trouver une dimension véritablement épique à cette histoire, il faut se pencher sur les compositions de Mohamed Aouamri et naviguer au gré d’un dessin réaliste et appuyé, foisonnant de détails, de muscles saillants et de poitrines voluptueusement galbées. Sensualité, passion et violence transpirent dans chaque planche dont le découpage judicieusement dosé entre verticalité et horizontalité, sait donner rythme et intensité au fil des évènements. 

Ainsi ce clôture ce qui apparaît désormais comme le premier volet d’une nouvelle saga dont la suite demeure encore en devenir.

CHEVALIER BRAYARD

© Dargaud 2017 - Zidrou & Porcel
Revenant chantant d’Jérusalem ! Lem ! Lem !
En son fief de Porcelle ! Celle ! Celle !
C’est en voyant femme et enfants ! Ents ! Ents !
Que Brayard compris fort tardiv’ment ! Ment ! Ment !
Que la route est sa maison ! Zon ! Zon !
Plus que de raison ! Zon ! Zon !

Après le superbe Les Folies Bergère et l’intéressant Bouffon, voici que le duo Zidrou / Porcel récidive avec Chevalier Brayard.
Cette fois encore, il est question de Moyen-Âge, de Croisades plus particulièrement et, à son habitude, Zidrou en profite pour délivrer une petite leçon de vie. Toutefois, il manque quelque chose d’essentiel à cet album… une âme. Le choix d’un trio iconoclaste autant qu’improbable, de nombreuses allusions relevant de la private joke, quelques échanges aussi tranchants que savoureux (voire anachroniques) ne suffisent cependant pas à faire de cette petite histoire… une belle histoire. Certes, le scénariste belge concocte un récit à sa manière et un dénouement à l’avenant, mais il ne peut être question ici de Monty Python comme annoncé. Accumulant les figures de style à la recherche d’effets tragico-comiques, cette troisième collaboration belgo-ibérique marque le pas sur les précédentes, mais reste toutefois de bonne facture avec un Francis Porcel qui se fend d’une belle brochette de protagonistes aux faciès empreints d’un crétinisme plus vrai que nature.