mardi 26 juin 2018

CARTHAGO

8- Léviathan 

© Les Humanoïdes Associés 2018  - Bec & Bufi
Les profondeurs insondables et froides du détroit de Béring sont le théâtre d’une tragédie à huis clos dont l’issue n’est encore que supputations. 

Carthago est à l’image de ces franchises cinématographiques qui cultivent leur fonds de commerce avec un professionnalisme à la redoutable efficacité. Christophe Bec sait parfaitement doser ses effets et délivre avec une parcimonie calculée les éléments d’une histoire qui mêle à une réalité très technologique les fantasmes cryptozoologiques de l’Humanité. Thriller écologique, aquatique et mythologique Carthago est un pur produit de divertissement, sans qu’ici cette catégorisation soit péjorative… bien au contraire, même si le résultat pourra paraître quelque peu formaté à ceux qui ont tendance à (inutilement) intellectualiser ce type d’album. 

Coté dessin, d’une constance millimétrée, Ennio Bufi fait le job comme à l’accoutumée et développe une réelle propension aux mises en scènes à grand spectacle. Visuellement, des plus probantes, les planches immergent le lecteur à grande profondeur et ne lui laissent que rarement reprendre sa respiration. 

Christophe Bec a pris soin de découper sa série en cycle qui chacun apporte une réponse… partielle à un grand tout qui tarde pour l’instant à émerger, mais qui laisse ouvert le champ des possibles que le scénariste de Sanctuaire saura, à n’en pas douter, utiliser à bon escient !




dimanche 10 juin 2018

FONDU AU NOIR

© Delcourt 2017 - Brubaker & Phillips
À mi-chemin entre  fiction et réalité, Ed Brubaker, Sean Phillips et Elisabeth Breitweiser reviennent sur les sombres heures du maccartisme avec pour décors la fabrique à rêves hollywoodienne. 

Trafics d’influence, chantages, compromissions, magouilles et consorts constituent le quotidien de Charlie. Revenu brisé de la Seconde Guerre mondiale, il promène son syndrome post-traumatique sur les plateaux d’une Major de second rang pour qui il est scénariste. Mais n’alcool n’a pas totalement anesthésié ses derniers illusions et le meurtre, car lui sait que ce n’est pas un suicide, de Valéria Somers, le pousse à honorer sa mémoire et à essayer de retrouver la sienne. Au risque d’être lui aussi broyé par des forces qui le dépassent, il tente - dans un sursaut qui se voudrait rédempteur - de rétablir non pas la justice, mais de connaître la vérité, du moins celle qu’on lui laissera entrevoir. 

Cynique et sombre à souhait Fondu au noir dévoile, avec un dessin rarement pris en défaut, les outrances d’une époque où la chasse aux sorcières conduisait aux pires compromissions pour que le show… et le business puissent continuer. 

À lire tout en prévoyant de pouvoir y consacre quelques temps, car même si la fluidité du récit est travaillée, les 360 pages qui constituent cette histoire nécessitent un minimum de disponibilité.

lundi 4 juin 2018

LA PARTITION DE FLINTHAM

© Ici Même Éditions 2018 - Baldi
La comtesse Marie Adelaïde de Sutherland n’est plus. Elle laisse à Olivia une riche dotation et à Clara le domaine familial. L'une ira faire fortune à Londres tandis que l’autre, malgré son abnégation et son courage, ne pourra sauver FlintHam Hall Manor d’une lente et inexorable décrépitude. 

La partition de Flinthan, d’abord paru sous le titre Lucenera chez Oblomov edizioni, est le premier album de Barbara Baldi. 

De son passé de coloriste (Sky Doll et Monster Allergy), la jeune auteure italienne garde l’amour des ambiances, de ses années d’illustratrice (pour Pixar, Disney ou Marvel) elle conserve une passion pour la peinture. Désireuse d’explorer de nouvelles voies, elle décide de se lancer dans un roman graphique pour raconter une histoire dans laquelle elle avoue mettre un peu d’elle-même… 

Dès les premières planches l’essentiel est posé : la primauté des teintes, l’importance de la texture, l’éloquence des silences. Au fil de la lecture, nonobstant quelques cases curieusement en retrait, le talent s’affirme, fortement marqué par un impressionnisme - à l’époque - encore balbutiant et un réalisme qui marqua picturalement aussi ce siècle. Barbara Baldi définit de manière romanesque la psychologie des acteurs à travers l’empreinte colorée quelle appose sur le papier : ce que les mots ne disent, la couleur le crie ! 

En technicienne affirmée, elle manie l’outil informatique avec un brio tel que les coups de pinceaux numériques se fondent avec évidence dans ses aquarelles et créent des atmosphères qui ne sont pas sans évoquer Les hauts de Hurlevent où les mois d’hiver enneigés succèdent aux jours pluvieux avec une monotone régularité. Maîtrisant moins l’art du scénario et des dialogues, les propos sonnent toutefois justes. 

Illustration, bande dessinée et peinture, La partition de Flinthan est une œuvre à la croisée des chemins qui révèle une véritable artiste.

SKYBOURNE

© Delcourt 2018 - Cho
Thomas Skybourne et Grace Skybourne travaillent pour Mountain Top, une mystérieuse fondation philanthropique qui œuvre discrètement pour le bien-être de l’Humanité. Détail intéressant, Thomas est indestructible et de fait immortel comme sa sœur, mais Grace a quelque chose en plus, une arme de destruction lascive : une poitrine 95 G ! 

Après plusieurs années de bons et loyaux services pour Marvel et consorts et plus de dix ans de réflexion, Frank Cho décide de se laisser aller à ses propres envies avec Skybourne

Les amateurs de monstres divers et variés ou de créatures chimériques, pas trop regardants sur la plausibilité des choses seront aux anges : ce comics est fait pour eux. Pas prise de têtes pour un cent, le script est d’une épaisseur anorexique mais cultive avec brio les figures imposées du genre. Le dessin n’est jamais pris en défaut et la mise en couleur de Marcio Menyz possède ce « petit quelque chose » qui fait la différence et donne une teinte particulière à l’album. Ajoutons à cela quelques variant-covers ainsi qu’il est désormais de coutume chez Delcourt comics et le tour est joué ! 

Calibrée et réalisée avec un professionnalisme accompli, cette nouvelle série remplit parfaitement la mission pour laquelle elle a été créée : distraire.