dimanche 10 août 2014

La marque jaune : suite


Blake et Mortimer : 22. L'onde Septimus
 
© Blake et Mortimer 2013 - Dufaux & Aubin &
Schréder
Un Mortimer qui joue aux apprentis sorciers avec le télécéphaloscope, un quatuor qui vise à ressusciter les recherches du défunt Septimus, un mystérieux vaisseau échoué dans les entrailles de Londres et le colonel Olrik en proie à ses vieux démons. L’ombre de La marque jaune est de retour…

Jean Dufaux, Antoine Aubin et Étienne Schréder enfilent les Church's d’Yves Sente et d’André Juillard pour ce vingt-deuxième opus des aventures du célèbre duo d’outre-Manche. Bien évidemment, l’album reprend les figures imposées qui sont la marque de la série : récitatifs omniprésents, textes abondants et rythme pour le moins flegmatique, tout en se démarquant quelque peu de la ligne (claire) tracée par feu Edgar P. Jacobs.

Les puristes crieront au scandale ou à la trahison, mais il faut reconnaitre que le scénariste belge sait s’écarter des sentiers tracés par le père fondateur en ayant, notamment, une approche innovante de la psychologie des principaux protagonistes. Ainsi en est-il de Mortimer parfois imbu de lui-même et jouant avec le feu, de Blake qui se met à interpréter les ordres ou d’Olrik qui ferait presque figure de héros et qui vole la vedette aux duettistes anglais. Cerise sur le gâteau le récit oscille entre fantastique et science-fiction et sème parfois le doute sur la rectitude du fil rouge de son intrigue. Mais que les gardiens du temple se rassurent, Antoine Aubin et Étienne Schréder savent fondre leur trait dans le moule du maître et livrer une partition graphique des plus honorables.

Si l‘esprit change, la lettre demeure et ce nouveau volet, tiré à plus de 500.000 exemplaires devrait contenter les aficionados de la première heure comme les lecteurs (plus) occasionnels.

De Flaubert à Druillet



© Drugstore 2010 - Flaubert & Druillet
Rares sont les albums qui laissent une empreinte capable de traverser les décennies : Salammbô est indubitablement de ceux-ci. Oublié depuis plus de trente dans les méandres de ma mémoire, il est resurgit, un soir de mai 2014, d'une manière des plus fortuites. Druillet venait parler de Délirium dans une grande librairie. La tentation était trop forte de rencontrer celui que je n’avais jamais cherché à croiser.

Que dire, que penser de cette dernière intégrale ? Les mots manquent pour décrire le sentiment qui prédomine en ressortant d’une telle œuvre. Ici, la bande dessinée confine à l’Art, à la folie, à l’Amour… à une certaine forme de démesure et de génie. Richesse des compositions, densité du propos graphique, violence des couleurs, choc du dessin, déstructuration et recomposition dantesque de l’espace et du temps, recours à l’infographie (nous sommes au début des années 80 !). Tout ce qu’il est (in)humainement possible de faire en matière de 9ème Art se trouve condensé en quelques 192 planches. Chacune d’entre elles pourra être regardée, dix fois, cent fois, mille fois, il en resurgira toujours une émotion nouvelle, un détail passé inaperçu jusqu’ici.

Cela a déjà été dit, mais il y a véritablement du Jérôme Bosch chez ce diable d’homme qui cultive ici mysticisme et révolte. Cette trilogie s’apprécie donc dans et pour l’outrance démiurgique de cette histoire d’amour parue en 1862 et magnifiée dans un futur infernal par un auteur tourmenté, pour ne pas dire torturé…

Serpieri et ses frères rouges


Peaux-Rouges
 

© Mosquito 2014 - Serpieri
Après Lakota en septembre 2012, puis Chaman en juillet 2013, les éditions Mosquito publient Peaux-Rouges.

Avec ce nouvel opus, structuré autour de quatre nouvelles, le maître de Druuna continue de raconter sa conquête de l’Ouest, celle de ceux qui y perdirent tout. Nulle volonté de faire dans le sensationnel, simplement le souci de retranscrire avec maestria ce qui aurait pu être le quotidien de Queue-de-renard, Takuat, Daim-marron ou Quapaw-Wakunta.

Parus entre 1977 et 1979, aux Edizioni L’Isola Trovata, ou dans Lanciostory et Skorpio, ces récits sont antérieurs à ceux de Chaman et le trait, comme les ombrés, ne possèdent pas encore la dextérité de Morbus Gravis et consorts, parus sept ans plus tard. Toutefois, le style est déjà en place et cet album ravira les amateurs de beaux dessins qui, petits, aimaient jouer aux Indiens et aux cow-boys.

samedi 9 août 2014

Saga nordique... attention les secousses (air connu)

Saga Valta : Tome 2

© Le Lombard 2014 - Dufaux & Aouamri
Seul le passage devant le Conseil des « Dix familles » pourra contraindre Thorgerr-aux-cents-guerriers à reconsidérer le bannissement de Valgar. Et s’il bénéficie du soutien de Skarperdinn et de son père Njall-le-brûlé pour prétendre à retrouver rang, femme, enfant et honneur, il en est qui souhaiteraient qu’il n’en soit rien, à commencer par Hildegirrd-aux-courts-cheveux.

Diptyque devenu par l’imagination débordante de son scénariste un triptyque, Saga Valta perpétue le mythe nordique. Luttes claniques intestines, forêt magique, sortilèges maléfiques, guerriers sanguinaires et belles qui ne le sont pas moins constituent une matière que Jean Dufaux, en vieux maître, modèle à sa guise. Au-delà d’une histoire qui rend hommage à un sexe, dit "faible", mais qui tire en coulisse les rênes d’une gouvernance qui lui est interdite, le principal intérêt de cette trilogie réside dans le graphisme de Mohammed Aouamri. Aussi puissant dans l’affrontement que doux dans l’étreinte, le trait du dessinateur de Mortepierre insuffle vie et mouvements à un récit où l’épique doit autant à la violence des combats qu’aux tourments amoureux. Cependant, si la mise en couleurs de Bekaert n’appelle aucune critique, l’ensemble - par trop dense - ravive le souvenir d’une édition limitée grand format du tome 1 qui donnait toute sa mesure à un encrage des plus marqués. 

Quoi qu’il en soit, Saga Valta comblera d’aise les inconditionnels d’heroic-fantaisy. À lire en écoutant les Crucified Barbara

Tranches de vie


Mangeons : Tome 2

© Casterman 2014 - Takada
Il est des plaisirs qui se partagent, à commencer par ceux de la table. C’est ce que démontre Sanko Takada dans sa tétralogie Mangeons !

La nourriture est un sujet qui fait recette au pays du Soleil levant, même auprès des plus grands comme Jirô Taniguchi avec son Gourmet solitaire. Pour sa part, Sanko Takada, diététicienne et dessinatrice de son état, essaye de déculpabiliser ceux qui s’adonnent aux délices de la bonne chère.

Compilation de saynètes orchestrées par une Lolita gourmande qui élève la nourriture en vertu cardinale contre le stress, l’anxiété ou les contrariétés de la vie quotidienne, Mangeons ! se veut aussi récréatif que didactique. En effet, la mangaka n’oublie pas ses réflexes professionnels et agrémente ses planches de petits conseils nutritionnels pour que ses lecteurs n’oublient pas que l’équilibre est dans la diversité et que la sensibilité des papilles s’accommode fort bien de la multiplicité des mets.

Bénéficiant d’un dessin agréable, mais qui manque encore de maturité, ces tranches de vie sont à réserver aux mordus de seinen gourmands.