samedi 21 octobre 2017

MARSHAL BASS

2. Meurtres en famille

© Delcourt 2017 - Macan & Kordey
Un tueur en série victime d’une famille de meurtriers. Les vastes espaces de l’Ouest ne sont pas forcément le paradis tant espéré... 

Darko Macan n’est pas du genre à enjoliver la réalité. Loin du mythe d’une Amérique bienpensante et conquérante, le scénariste croate dresse un portrait du Far-West exempt de fioritures, mais indéniablement plus réaliste que la majeure partie des productions hollywoodiennes. Son scénario sent la sueur, exhale la vilenie, transpire la bêtise et personne ne peut prétendre à une once de virginité. L’alcool, le soleil, l’or tournent les têtes et poussent aux pires extrémités de pauvres hères qui tueraient père et mère pour un dollar de plus. La marque de Darco Macan est de faire en sorte que tout ceci s’inscrive "naturellement" dans le cours d'un récit où le sordide est de mise, la lâcheté un art et la violence un moyen de survivre. 

Sur cette trame sans concession, Igor Kordey délaisse cette fois les grands paysages - à l’exception notable d’une superbe double page qui pourrait devenir récurrente au fil des albums - pour se concentrer sur ceux qui les hantent. Sous son trait, ces nouveaux barbares donnent toute sa dimension à la dramaturgie de Meurtres en famille, et ce n’est pas la couleur de Desko qui viendra en atténuer la dureté. 

Loin des stéréotypes, Marshall Bass apporte une dimension humaine au genre. Un western psychologique en somme…

jeudi 19 octobre 2017

THE DEAD HAND


© Glénat 2017 - Higgins &Mooney
Dans un coin paumé au milieu de nulle part, des anciennes gloires de la Guerre froide vivent en huis clos et protègent un secret jusqu’ici bien gardé… 

Premier essai sur un format franco-belge pour Kyle Higgins et Stephen Mooney. 

À la croisée de deux mondes, The dead hand hésite à choisir véritablement son camp et manque trop souvent de précision dans l’encrage des physionomies et la dynamique des personnages : ce qui passe inaperçu en 18 x 28 ne l’est plus forcément sur une pagination 24 x 32 ! 

Pour ce qui est du fond du récit, ce mélange de thriller et de science-fiction se met doucement en place et laisse présager quelques surprises à venir. Toutefois, ce premier tome se contente de passer en revue - au travers de quelques flashbacks et une voix off en narration - les principaux acteurs et d’installer une atmosphère pesante de faux-semblant. 

Les reliques de la guerre froide se révèle être un volet introductif efficace, mais qui tarde quelque peu à vraiment monter en puissance. En espérant que le second saura remédier à cette situation.

HARMONY


© Dupuis 2017-  Reynès
Memento, Indigo, Ago : le premier cycle d’Harmony est désormais complet. Bref retour sur une série qui a su - en moins de deux ans - trouver sa place dans le petit monde du fantastique hexagonal. 

Après un premier opus en quasi huis clos centré sur une mystérieuse adolescente amnésique et dotée d’un étrange pouvoir, Mathieu Reynes s’est mis à jouer avec les temporalités semant quelque peu le trouble. Dans ce dernier volet, il prend soin de replacer chaque chose dans la chronologie des évènements. Toutefois, il sait garder nombre de portes encore closes tout en introduisant de nouveaux personnages afin d’explorer de nouvelles voies dans les opus à venir. 

Un scénario qui évite la simplicité de la linéarité et s’avère suffisamment complexe pour maintenir le lecteur entre deux eaux et un dessin qui assume sa parenté avec les comics sans renier sa filiation au franco-belge sont désormais les marques de fabrique de cette série. Cependant, s’il est une chose qu’il faut retenir d'Ago, elle est à rechercher dans la progression du trait du créateur d’Harmony. Au fil des planches, son graphisme qui recherche toujours les effets visuels dans la cinématique des protagonistes et les prouesses télékinésiques de son héroïne, glisse vers davantage de réalisme et s’attache de plus en plus à l’expressivité des personnalités. 

Avec un scénario qui se découvre au fil des albums autant qu’il s’imagine, Harmony a encore de belles années devant elle…

mardi 17 octobre 2017

LE PETIT VAGABOND

© Paquet 2017 -  Kung
Du Tibet à Tapei en passant par New-York, le petit vagabond est là pour guider le voyageur égaré, pour aider celui qui se cherche…

Crystal Kung est une dessinatrice en devenir. « Mes dessins sont le miroir de ma vie » dit-elle. Aussi, au gré du vent, des étoiles ou de ses voyages, elle délivre ici sept fables poétiques et graphiques ; sept saynètes muettes, ponctuées simplement d’interrogations et de suspensions ; sept rencontres faites de par le monde. 

Si les dialogues sont minimalistes (mais se suffisent à eux-mêmes), la composition est parfaitement pensée. Au fil des planches, la jeune taïwanaise démontre une maturité et une évidence dans le trait qui sont les signes prometteurs d’une future grande. 

Album à l’émotion discrète et aux couleur lumineuses, Le Petit Vagabond prête à rêver autant qu’à voyager et constitue l’une des heureuses surprises de cette fin d’année.

vendredi 13 octobre 2017

PETITE MAMAN

© Dargaud 2017 - Mahmoudi
L’enfance de Brenda n’est pas celle à laquelle tout enfant devrait avoir droit. Humiliée et violentée par son beau-père, délaissée par sa trop jeune mère, elle se construit, seule, dans la souffrance et la culpabilité…

Véritable documentaire qui prend le crayon là où d’autres utilisent un micro et/ou une caméra Petite maman fait œuvre de tact pour aborder un sujet aussi douloureux que délicat. S’il est difficile de filmer ce que l’on subodore, il est plus facile de le dessiner avec toute l’intégrité morale que cela implique, et en cela cet album est un petit bijou d’équilibre et de psychologie. Ceux qui rechercheraient un plaidoyer larmoyant ou racoleur sur des drames qui se jouent à huis clos à un bloc, une rue ou même une porte, en seront pour leur frais. Halim Mahmoudi - en observateur discret - s’abstient de tout jugement à l’emporte-pièce et reconstitue avec compassion et douceur, mais sans occulter la douleur des coups et la violence des mots, la complexe résilience d’une enfant devenue la souffre-douleur expiatoire d’exactions banalisées par le quotidien.

Pleine d’espoir, cette chronique sociale que l’on souhaiterait n’être que de pure fiction interroge surtout sur notre capacité collective à ne pas vouloir voir, à ne pas savoir oser ou à refuser de s’imaginer un inimaginable qui chaque année fait plus de 98.000 jeunes victimes.

dimanche 1 octobre 2017

GUNBLAST GIRLS

1. Dans ta face minable !

Recette du Gunblast Girls cake. 

© Le Lombard 2017-  Crisse
Tout d’abord, choisissez un team de filles un peu badass sur les bords (il faut que la gent masculine s’y retrouve a minima) et un brin stéréotypées. Montez l’ensemble au batteur (à grande vitesse) avec un doigt de "dernière mission comme au bon vieux temps avec un max de pognon à la clef " et réservez au frais. 

Dans un plat réchauffé, mettez une galerie de branquignoles de première avec le QI d’un poulpe et la force de frappe d’un porte-avion, puis ajoutez un vrai méchant bien mafieux affublé de deux belles garces : l’une rousse incendiaire (toujours !) et l’autre qui se prend pour la belle-mère de Blanche-Neige. Nappez l’ensemble de vide sidéral additionné de paranormal et d’un brin d’humour dans les dialogues ainsi que de quelques références graphiques assumées pour l’onctuosité. Pour le croquant disposez, selon votre envie, de jolis vaisseaux spatiaux et une poignée d’extra-terrestres. 

Servez le tout à des adolescent(e)s affamé(e)s, vous ferez certainement des heureux(-euses) à défaut de décrocher vos trois étoiles…

À COUCHER DEHORS


© Bamboo Édition 2017 - Ducoudray & Anlor
Nicolas reste introuvable et avec lui s’évanouissent les derniers espoirs pour Amédée d’avoir un toit à soi… 

Avec À coucher dehors Aurélien Ducoudray s’en donne à cœur joie dans le bon mot. Sur un récit cacophonique dont la succession des rebondissements devient statistiquement problématique, l’auteur de Mort aux vaches ! peine à convaincre. L’histoire est jolie, mais sauf à rester dans le registre de la comédie, quelque peu forcée, la galerie de portraits comme les situations deviennent par trop caricaturales pour être crédibles. Graphiquement, Anlor emprunte la même voie et fait surjouer ses différents personnages. Toutefois, la composition classique de ses planches comme de ses décors évite à l’ensemble de glisser vers l’excessif. 

Quoiqu’il en soit À coucher dehors possède le mérite de vouloir traiter de la connerie en générale et de la différence en particulier, ce qui - au demeurant - reste une louable et vaste entreprise.