dimanche 9 juillet 2017

Yes, let's go !


Les Courants d’Amboise, Avoine Zone Groove, American Tours festival, Terres du son, sans oublier Aucard de Tours… la prude Touraine serait-telle devenue une terre d'élection pour les décibels et les solos éthérés ?

Quoi qu’il en soit personne de se plaindra d’une programmation éclectique qui s’adapte à tous les goûts et qui permet - au plus grand nombre - de bien commencer les vacances. 

Il reste seulement à regretter cette accumulation sur début juillet où Yzeures’N’Rock, les 4 et 5 août prochains, fait figure d’oasis dans un désert estival !

mercredi 5 juillet 2017

LES BEAUX ETES

3. Mam’zelle Estérel 

© Dargaud 2017 : Zidrou & Lafebre
Mam’zelle Estérel ! Ce nom ne vous dit rien. Il s’agit pourtant d’un 4L rouge, 6 glaces de 27 cv. Et si je vous parle d’un été 62 à Saint Etienne… cela vous revient ? 

Troisième épisode de vie de la smala Faldérault. 

Cette fois Zidrou remonte quasiment aux sources puisque Nicole à 6 mois, mais déjà parents, enfants et... beaux-parents (ceux de Madeleine !) partent plein Sud sur les routes de France, direction La Loire… la Méditerranée ce sera pour plus tard. Comme dans les albums précédents, ce dernier opus est l’occasion de renouer avec le passé de cette famille au travers d’anecdotes douces et drôles, parfois plus amères, qui émaillent leur migration estivale.

Même si le trait est plus épuré et les décors moins travaillés, Jordi Lafebre développe un graphisme qui sait garder la simplicité et la fraicheur de ces vacances où tous se retrouvent pour le meilleurs et… le pire et le tout sans se départir de cet humour qui fait que rien n’est vraiment dramatique. Les vacances quoi !

vendredi 23 juin 2017

AU PIED DE LA FALAISE

© Soleil Productions 2017:  Moko
Akou est un enfant espiègle d’une Afrique idyllique qui s’épanouit sous un soleil de plomb. Un jour, il sera un homme, un mari, un père et qui sait… peut-être un chef reconnu des siens. 

Au pied de la falaise est un conte moderne sur un pays d’autrefois. Un lieu où l’Homme vit en harmonie avec lui-même et avec ceux qui l’entourent. En une quinzaine de saynètes, ByMöko raconte les étapes qui - placées les unes après les autres - font une existence des plus remplies. Au-delà du trait et d’une mise en couleurs du Continent noir, cet album est riche d’un humanisme serein et lumineux qui, en creux, interroge sur les valeurs de notre société. 

Toutefois, ce qui démarque véritablement cette belle histoire de ses consœurs, c’est la démarche de création dont elle est le point de départ. Les planches de ByMöko sont l’occasion de croiser différents Arts. La musique, la vidéo, le chant, la danse se métissent, s’hybrident pour prolonger l’aventure sur la Toile, et, au-delà des cases, permettent de (re)découvrir Tismé, Oxmo Puccino et beaucoup d’autres. Comme quoi la BD mène à tout, à condition de savoir en sortir !

VELVET

© Delcourt 2017 : Brubaker & Epting

Les temps sont durs pour Velvet Templeton et les coups tombent comme giboulées en mars. Mais "ceux qui ne te tuent pas te rendent plus forte" lui a -t-on enseigné jadis… et il faut croire qu’elle a retenu la leçon ! 

Velvet possède la saveur de ces vieux thrillers, un rien surannés, mais d’une efficacité qui force l’admiration. Si à cela s’ajoute un scénario à la première personne qui fait la part belle au beau sexe et cultive les invraisemblances sur une intrigue qui tient la route, la satisfaction est complète. Cet ultime opus est l’occasion pour le commun des mortels d’admirer une fois encore la précision du graphisme de Stephen Epting et - pour les puristes – d’apprécier l’efficience d’une mise en page qui confère à chaque planche - avec le strict minimum en matière d’onomatopée et tirets de mouvements – toute la cinématique requise par les nombreuses séquences d’action : du travail de pro ! 

Noir à souhait grâce à un encrage marqué et une mise en couleur qui fait la part belle à la nuit, L'homme qui vola le monde clôt un triptyque qui a eu le tact de ne jamais trop en faire et de donner à une bad girl la possibilité de faire état de la vertigineuse étendue de ses talents.

LE DERNIER ENVOL DU PAPILLON

© Glénat 2017 : Takahama
À Maruyama, Kicho offre sa beauté mélancolique à quiconque possède les moyens de se l’offrir… 

Le Dernier Envol du papillon de la mangaka Kan Takahama dépeint l’existence d’une courtisane belle et cultivée aussi célèbre dans le port de Nagasaki qu’a pu l’être Veronica Franco à Venise. Mais alors que la curtigiana onesta choisissait des amants fortunés, la geisha accepte dans ses bras tous les hommes, mêmes les européens ! 

L’originalité de ce manga est de se situer dans un contexte historique et de s’y attacher d’une manière romanesque tout en gardant un souci de véracité. Aussi, Kicho apparaît-elle comme une passerelle jetée entre deux cultures. Cultivant celles des traditions à travers son art et la façon de faire commerce de son corps, elle n'hésite pas à fréquenter les marins de l’île de Dejima qui lui laissent entrevoir un Occident promoteur d’une modernité à laquelle l’Archipel résiste encore. 

Si le scénario - qui manque singulièrement de rebondissements - joue sur la langueur des sentiments et permet de s’attarder sur le personnage principal, il en est de même pour le graphisme. Dessinée avec finesse et fluidité, la plastique de la jeune prostituée tranche avec le trait déployé pour croquer une gent masculine qui oscille entre la caricature et l’esquisse de moyenne qualité.

Le Dernier Envol du papillon séduit par la douceur de son héroïne et Kan Takahama a eu le tact de ne pas sombrer dans la facilité, mais est-ce suffisant pour susciter un souvenir persistant ?

mardi 20 juin 2017

EDELWEISS

© Vents d'Ouest 2017 : Mayen & Mazel
Il est des sommets dont l’ascension peut vous prendre toute une vie à moins qu’ils ne vous l’ôtent avant ! Fascinants autant que provocants, ils sont l’image même du défi surtout lorsque vous vous prénommez Olympe ! 

Edelweiss parle de montagnes… mais pas seulement, d’amour… mais pas uniquement puisqu’il est également question, en fil, rouge, de l’émancipation féminine au sortir de la Second Guerre mondiale. Si aujourd’hui, et non sans difficultés, la société tend vers un égalitarisme femme-homme, il n’y a pas si longtemps ces dames se devaient d’avoir l’autorisation de leur démiurge époux pour travailler ! Là où d’aucuns auraient pris un parti militantisme, Cédric Mayen et Lucy Mazel prennent une autre voie : la leur. Jouant sur les paradoxes d’une époque et sur la volonté conjuguée de leurs héros à se construire ensemble en tant qu’individus et non représentant d’un genre, les deux auteurs démontrent que le respect de l’autre vaut autant par l’attention qu’on lui porte que par des injonctions politiquement correctes. Si l’album montre les limites de la BD et des ellipses à raconter la complexité d’une existence en quatre-vingt-dix planches, Cédric Mayen sait toutefois en choisir les meilleurs moments. Même si l’ensemble manque de cynisme et fait preuve d’un positivisme forcené dans l’adversité, la psychologie des principaux personnages s’édifie avec une réelle profondeur au grè des chapitres. Cet état d’esprit se retrouve dans la physionomie des personnages dessinés et mis en couleurs par Lucy Mazel qui - dans un registre semi réaliste rappelant Jordi Lafebre - donne toute sa consistance et sa force à cette histoire à la fois banale et hors du commun, tragique et pleine d’espoir. 

Edelweiss est un album touchant et sincère qui pourrait bien tutoyer les sommets du succès après avoir joliment évité une avalanche de bons sentiments et franchi habilement quelques séracs de lieux-communs.

vendredi 16 juin 2017

Ut

© Mosquito 2017 : Barbato & Roi
 #2. Les hommes s'en vont, les enragés restent

La quête d’Iranon se poursuit et Ut l’accompagnera sur les chemins qui mènent aux Maisons des origines. Cependant, avant de partir, il convient de régler certains petits détails… 

Les venelles de la faim avait éveillé la curiosité, mais également laisser un goût d’inachevé à ceux qui attendaient impatiemment cette adaptation française du succès transalpin de Corrado Roi et de Paola Barbato. Malheureusement, Les hommes s'en vont, les enragés restent demeure dans le même registre et oblige à s’interroger sur son scénario. 

Théâtral et paranoïaque comme son prédécesseur, ce nouvel opus n’hésite pas à faire quelques incursions marquées dans le gore esthétique et à trucider sans retenu ni regret. Comme déjà évoqué, le manque de repères historiques et géographiques déroute. Confusément, chacun pense à un futur post-apocalyptique sans vraiment en avoir la certitude et spécule sur cette autre « Humanité » qui cultive une sociabilité des plus frustres. Quoi qu’il en soit, les artefacts d’une civilisation disparue - à l’instar de la psychologie erratique des âmes qui peuplent les ruelles d’une ville sans nom - concourent à générer une atmosphère délétère et oppressante dont l’accumulation, au fil des planches, confine au malaise.

Cultivant le minimaliste intellectuel d’une masse lobotomisée et silencieuse comme le cynisme et l’irrationalité des principaux personnages, l’univers de Paola Barbato se révèle atemporel et hermétique. Difficile dès lors de se projeter dans l’abstraction d’un monde dont les contours et les règles demeurent inconnus ! Mais qu’importe si la logique elliptique qui gouverne les faits et gestes des protagonistes échappe à l’entendement, à lui seul le graphisme somptueux de Corrado Roi justifie d'aller au bout de l’aventure.