Cornélius Shiel : 1. La princesses des abysses
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© Delcourt 2013 - Mallet & Evangelisti |
Pourquoi l’énigmatique Cornélius Shiel choisit-il Hector Travis,
écrivain au talent discuté, pour rédiger ses mémoires ? Voilà de quoi susciter
bien des attentions, à commencer par celle - pour le moins appuyée - de ces
hommes qui semblent parfaitement connaître le nouveau pensionnaire du Gilset.
Sans le savoir Hector vient de pénétrer en Enfer !
Avec cet album introductif, Patrick Mallet utilise adroitement
l’artifice des mémoires pour livrer un double récit. Ainsi structure-t-il son
scénario autour de deux époques, celle d’un homme né magicien en 1676 et celle,
plus contemporaine, du sorcier qu’il est devenu. Au-delà de ce biais narratif
qui évite une trop classique linéarité et apporte quelques originalités à un
thème déjà maintes fois traité, l’auteur d’Achab s’abstrait de tout manichéisme
et fait de la frontière entre le Bien et le Mal une ligne des plus tenues qu’il
est aisé de franchir, dans un sens comme dans l’autre ! Se jouant du temps et
des lieux, cette histoire développe un fantastique qui sait être complexe sans
pour autant s’avérer compliqué.
Cette même faculté à rendre simple ce qui pourrait ne pas l’être se
retrouve dans le graphisme de Patrizio Evangelisti (Fourmi Blanche). Grâce à
des angles de vue judicieusement travaillés, le dessinateur transalpin sait
distordre la réalité et créer un monde onirique, entre escape céleste et île surgie
des eaux. Si le trait est classique, la mise en planche n’hésite pas à briser
le cadre traditionnel du gaufrier pour apporter rythme et mouvement à une
biographie qui ne laisse que peu de répit au lecteur.
À l’évidence, une série qui débute de bien belle manière.