dimanche 26 février 2012

Ils ont cru s'enivrer des chants de Maldoror... (HFT)

Billet sur La chambre de Lautréamont

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L’automne 1871 s’écoule doucement pendant qu’Auguste Bretagne livre sa prose quotidienne à une feuille de choux parisienne. Emily (sa maîtresse) et quelques connaissances zutistes n’apprécient que modérément la facilité dans laquelle Bretagne se complait et ils lui font curieusement savoir. Mais celui qui sciemment partage l’ancienne chambrée d’Isidore Ducasse, alias le comte de Lautréamont n’est pas au bout de ses surprise...

© Futuropolis 2012 - Édith & Corcal
Futuropolis tient le scoop de ce début d’année… la découverte de la première bande dessinée de l’histoire ; une œuvre majeure datant de 1874 dont la modernité à de quoi surprendre ! Mais, il n’en est rien et La chambre de Lautréamont n’est pas la réédition de l’œuvre précurseur  d’Auguste Félix Léon (de) Bretagne et Eugène de T.S. mais plus prosaïquement le dernier album d’Edith et Corcal… Une fois la genèse de l’œuvre démythifiée que reste-t-il au lecteur crédule que nous pûmes être, ne serait-ce qu’un instant ?

Cet album a le goût du fruit défendu, le parfum des transgressions chères à feu le comte de Lautréamont. Ecrit comme une promenade métaphorique dans le Paris littéraire de cette fin de XIXème siècle, Corcal nous délivre un scénario équivoque à mi chemin entre le policier et la biographie. Et si les déambulations mescalisées de Bretagne ou la prose torturée d’Isodore Ducasse sont l’occasion d’une mise en  couleur adroitement passée et sombre à dessein, il convient de remarquer le  trait simple, un rien naïf, d’Edith  qui comme celui de Chloé Cruchaudet s’avère d’un réalisme surprenant puisqu’il sait prendre vie en se mettant au service d’une histoire.

Un ouvrage à part, porté par le charme vénéneux des chants de Maldoror


dimanche 19 février 2012

Le petit cirque d'Aglaëe Aglaé

Billet sur l'opus 1 des Enquêtes insolites des Maîtres de l'étrange : 1. L'Ange tombé du ciel

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Le cadavre d’une jeune femme est découvert dans la neige à proximité de la voie ferrée Paris - Le Havre. Mais ce qui intrigue le plus le commissaire Gallimard, dépêché sur les lieux pour enquêter, c’est qu’il n’y a aucune trace de pas autour du corps comme si celui-ci était… tombé du ciel !

© Vents d'Ouest 2012 -  Li-An
Les Maîtres de l’Etrange sont en fait 4 hommes vieillissants et un rien casaniers qui jadis eurent leur heure de gloire en élucidant certains crimes demeurés jusqu’ici mystérieux. Mais le poids des ans a émoussé leur motivation qu’une pimpante suffragette veut réveiller. Voici donc un prêtre à la retraite, un mathématicien agrégé, un ancien militaire et un oncle gâteau lancé sur les routes de Normandie pour élucider une affaire pour le moins … étrange.
Adèle Blanc-Sec a fait des émules et aujourd’hui une kyrielle de jeunes femmes toutes plus charmantes les unes que les autres s’affranchissent des préjugés moraux du début du XIXème siècle pour vivre leurs désirs d’émancipation ! Elza Rochester (Lady Elza), Flora Vernet (Aspic), Charlotte (Special Branch), Séraphine Dambroise (Chambre Obscur) et bien d’autres ont ainsi récemment précédé Aglaëe Aglaé dans des aventures aussi mouvementées qu’étranges.
Li-An aime visiblement changer de style et L'Ange tombé du ciel illustre sa capacité d’adaptation. Le scénario est à la fois léger comme son héroïne mais également dense car en peu de cases Li-An arrive à montrer ou suggérer beaucoup… aussi l’histoire comme les divers protagonistes prennent rapidement de la densité. Parallèlement, son trait sait, sans fioriture inutile, transmettre une belle expressivité aux personnages et donner à l’ensemble une réelle personnalité.

Un album qui oscille doucement entre réalité et fiction et offre un agréable moment de lecture…


jeudi 16 février 2012

Souvenirs d'enfance

Billet sur l'opus 2 de Petits Bonheurs : Tome 2

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En cet été 1944, Mathilde est repartie et pour Rémi leur secret est désormais bien lourd à porter. A Penne d’Agenais, les hostilités touchent à leur fin et alors que les résistants harcèlent les troupes ennemies qui remontent vers la Normandie, les armes que Rémi a cachées font cruellement défaut. Que comprendre du monde des adultes et à cette guerre lorsque que vous n’avez que 10 ans… rien ou pas grand-chose ; sauf peut-être le jour où un officier allemand menace votre mère. Alors, pour sauver les siens, Remi décide de rendre les précieuses armes… Fait-il le bon choix ?
Vent d’Ouest joue la carte des terroirs en créant sa collection « Terres d’origine » et l’ouvre à de jeunes auteurs dont les histoires s’ancrent fortement dans une région ou un lieu. Ainsi Petits Bonheurs s’inscrit dans un Sud-ouest de vacances, où les enfants s’égaillent dans de joyeuses parties de pêche à l’écrevisse ou dans la cueillette sauvage des cerises du père Desbanat.
H. Tonton signe ici son 6ème album comme dessinateur et scénariste. Son dessin à l’aquarelle possède la fraîcheur et l’ingénuité de ses jeunes héros. Il pourrait lui être reproché la naïveté avec laquelle il dépeint et raconte la guerre, le maquis, la collaboration mais ce serait oublier que la raison de ce diptyque est de nous raconter une histoire d’adultes à travers le regard d’un enfant. Cet album possède le goût délicieux de l’insouciance et des vacances d’antan et il n’interpellera certainement pas (ou peu) ceux pour qui les truites sont d’élevage et le lait en Tetra Brick, mais il évoquera immanquablement quelques souvenirs à ceux et celles issus du monde rural. Pour les autres, reste une jolie histoire qui n’est pas exempte de quelques petites maladresses mais dont la sincérité et la douceur sont à souligner même si elles peuvent paraitre anachroniques.

samedi 11 février 2012

Par Saint Denis...

Saint Denis-en-Val est un « petit » festival comme je les aime,  pas prise de tête, familial (c’est rare) et convivial.  Pas de files interminables et des auteurs avec qui il est possible de prendre le temps de discuter. Parmi la petite cinquantaine d’auteurs, voici des nouvelles de 3 d’entres eux avec qui j’ai plus particulièrement bavardé.

· Christophe Alliel termine le tome 2 de Spynest, plus que 16 planches et deux mois pour boucler le tout. Une certaine lassitude semble se faire jour et des vacances sont ardemment souhaitées. Quoiqu’il en soit, les trente premières planches encrées sont pas mal et si notre jeune marseillais éprouve des difficultés à finir l’album, rien ne transparaît dans ce que j’ai pu voir… Bravo.
· Herval s’attache au deuxième tome de La Contessa, la série est prévue sur plusieurs albums dont le nombre dépendra sûrement des ventes … as usual. Toutefois, Herval assure qu’un fil rouge reliera les albums entre eux : une sorte d’histoire au travers des différents albums. Au passage un appel aux éditions Delcourt… si Tiffany pouvait avoir une suite ! 
· H. Tonton, dédicaçait le 2ème  (et dernier) tome de Petits bonheurs, j’aurai l’occasion de revenir sur cet album et sur cet auteur qui sait raconter simplement des histoires elles aussi toutes simples mais très attachantes. Un nouveau projet est en court et le synopsis est particulièrement intéressant – mais je ne dirai rien -  j’ose espérer que Vent d’Ouest saura y donner suite.

Pas d’autres nouvelles car j’en ai profité pour discuter avec des gens que je n’avais pas vus depuis longtemps et d’autres que je ne connaissais pas ! Et puis, j’avais d’autres choses à faire en ce samedi …il n’y a pas que les dédicaces dans la vie.


dimanche 5 février 2012

Splauding investigations

Billet sur l'opus 5 de Prométhée : 5 - Le sarcophage

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Du port de Philadelphie en 1943 aux souterrains de Cap Hero en 1983, des trous bleus des Bahamas à la canopée de la jungle brésilienne, les phénomènes inexplicables se succèdent… Tout insolites et étranges soient-il, ils ne sont pas tous de nature extraterrestre… loin sans faut !

© Soleil Productions 2012
    Raffaele & Bec
Depuis maintenant 4 albums, Christophe Bec nous entraîne dans un monde de catastrophes sciemment minutées dont la finalité est toujours aussi énigmatique. En se jouant (avec une facilité déconcertante) des lieux comme des époques et en dévoilant sur chaque album une partie du mystère qu’au prix de nouvelles interrogations, Christophe Bec sait tenir son lectorat sous dépendance … Toutefois, cette richesse (pour ne pas dire cette complexité) impose un effort soutenu pour en comprendre les ressorts (si cela est possible). Aussi Le sarcophage, semble marquer quelque peu le pas et faire une synthèse, non pas des albums précédents, mais de ce qui pourrait relever de la responsabilité de l’espèce humaine dans toute cette histoire. Album charnière ou simple temporisation, la lecture de L’Arche attendue pour mi 2012, nous le dira.
Coté graphisme, le recours à 6 dessinateurs pour réaliser cet album semble être lié à des contingences purement techniques (la disponibilité de Stefano Raffaele) plus qu’à une véritable volonté éditoriale ! Quoiqu’il en soit, cette succession ne nuit en rien à la lecture et à la compréhension de l’histoire déjà assez ardue comme cela. Gageons seulement que Stéfano Raffaele retrouvera le temps nécessaire pour s’investir sur cette série (11 albums sont annoncés au total) car son graphisme réaliste s’adapte parfaitement à celle-ci.

Gageons que Christophe Bec saura donner aux 6 prochains albums la consistance attendue et nous conduire ainsi vers un dénouement à la hauteur des attentes suscitées et non vers une impasse…

samedi 4 février 2012

Tendre poulet ...

Billet sur l'opus 3 de Tony Chu : 3 - Croque-Mort

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Tony Chu goûte aux joies de l'amour dans les bras d'Amélia, une journaliste culinaire. Mais lorsque l’on est un poulet du R.A.S, il faut bien de temps en temps voler dans les plumes de quelques méchants...

La grippe aviaire aidant, les volailles ou leurs succédanés font l’objet d’un trafic des plus rémunérateurs. Mais les agents du R.A.S veillent et traquent les gallinacés de tout poil (!).
© Delcourt 2012 - Guillory & Layman
Tony Chu, est l’un d’eux et - pour son plus grand malheur – il est également cibopathe : imaginez qu’en dégustant du boudin noir vous ayez la certitude que le boucher a bien égorgé sa femme ou qu’en savourant une part de gâteau préparé par votre petite amie vous voyez celle-ci s’envoyer en l’air avec le facteur… Pas de quoi sauter de joie avant de vous mettre à table !
Pour survivre, Tony Chu se nourrit de betteraves rouges et croque accessoirement quelques preuves pour élucider certaines affaires.
Dans ce nouvel album et sans dévoiler l’intégralité du menu, Tony et son partenaire cyber-refait coupent l’appétit à un amateur de viandes rares, volent dans les plumes d’un bookmaker spécialiste des combats de coqs, tente d’arrêter un fabriquant de viande de poulet à base de grenoulet et accessoirement essaye de retrouver Savoy un autre cibopathe qui fut, jadis, le partenaire de Chu… 

A la frontière du Comics et de la BD, John Layman continue de nous concocter des albums aux petits oignons, à la fois originaux, irrévérencieux et décalés mais, il faut le reconnaître un rien chaotiques. Trucidant à l’envie ses personnages sans pour autant épargner les vivants, ses scénarii ne sont pas sans rappeler l’univers de Tarantino. Parallèlement, le dessin de Rob Guilorry, très cartoon dans l’esprit et caricatural dans le trait s’adapte parfaitement à l’univers un rien gore et décalé de son scénariste.

Bref, une série de qualité… à savourer sans modération !