dimanche 15 décembre 2019

MARSHAL BASS

5. L'ange de Lombard street

© Delcourt 2019 - Macan & Kordey
Vivre dans l’Ouest n’a jamais été une sinécure pour un ancien esclave ; sur la coté Est non plus d’ailleurs… même lorsque l’on est devenu un Marshall des États-Unis. 

Mais qu’a fait River Bass au bon Dieu pour devoir frayer avec ce que l’Humanité produit de pire ? 

Darko Macan n’est jamais très tendre avec son héros et sa propension à le plonger dans les situations les plus dures, voire les plus sordides, flirte avec le sadisme… sauf à ne plus croire en son prochain. Si, pour le scénariste serbe, les vastes espaces du nouveau monde mettent à dure épreuve l’humanité de chacun, il semblerait que, derrière les façades respectables de Philadelphie, la situation ne soit guère plus reluisante, malgré leur apparente respectabilité. Quels que soient les circonstances ou le lieu, Darko Macan se délecte à montrer l’Amérique naissante sous son plus mauvais jour et L’ange de Lombard Street ne fait pas exception. Mythe ou fantasme, la situation décrite n’en demeure pas moins réaliste et derrière une apparente tendance à noircir le tableau, le lecteur devine une part de vérité. Bass n’est pas meilleur que ceux qu’il poursuit, il tente seulement de survivre en préservant un minimum de valeurs, et sans guère d’illusions. 

Pour servir ce récit dans sa part de démesure, le trait d’Igor Kordey fait merveille, notamment lors des séquences muettes où seul le dessin a charge de donner rythme et sens au fil du récit. Ainsi, l’osmose est parfaite entre ce que le scénario veut transmettre et ce que les planches laissent paraître, largement aidées en cela par les « éclairages » et la mise en couleurs crépusculaire de Nicola Vitković. 

Dans un final superbe, River Bass, ravalant aigreur et rancœur regagne l’Arizona, inconscient du danger qui désormais plane au-dessus de sa tête…

JUSQU'AU DERNIER

© Bamboo Édition 2019 - Félix & Gastine
Russel le sait, ceci est son dernier convoi de Longhorns. Désormais, son avenir va s'écrire sur quelques acres de terres à cultiver dans le Montana tout en veillant sur Bennett. Cependant, la route est encore longue et passe par Sundance… 

Le western est de nouveau à la mode. Toutefois, comment se démarquer de la (sur)production ambiante ? Dans ce qui est probablement l’un des albums de l’année, Jérôme Félix et Paul Gastine retournent aux origines et délaissent le mythe hollywoodien. 

Là où d’aucuns auraient opté pour la série, voire le diptyque, Jérôme Félix préfère le one-shot ! Dès lors, les difficultés s’accumulent. D'une part, il lui faut condenser l’essence même du western sur une pagination, certes en grand format, mais forcément réduite. D'autre part, il doit convoyer le lecteur dans les grands espaces de l’Ouest américain en alternant judicieusement les temporalités comme les lieux, mais aussi éviter les ellipses réductrices afin de prendre le temps de poser ses personnages sans rompre le fil de l’intrigue… À l’évidence, le scénariste de l’Héritage du Diable a maîtrisé la quadrature du cercle et livre là un récit abouti qui sort des classiques sentiers du genre, sans s’en affranchir totalement. Toutefois, un bon scénario n’est rien faute d’un excellent dessin et, pour l’heure, Jérôme Félix continue sa coopération avec Paul Gastine, jeune homme talentueux, mais à l’exigence chronophage… à une époque où l’urgence est devenue un art de vie ! Quoi qu’il en soit le résultat est là car le jeune Normand a encore repoussé ses limites graphiques. Que dire devant le réalisme poignant des protagonistes, la beauté des décors ou une direction photographique quasi cinématographique ? 

In fine, cette histoire ne se lit pas tel un album de bande dessinée, mais se regarde comme un film. Ce qui est suffisamment rare pour être mentionné. Jusqu’au dernier laisse les héros du Far-West aux salles obscures et dépeint superbement la face cachée d’une Amérique en pleine construction.

 

DANS LES FORETS DE SIBERIE

© Casterman 2019 - Dureuil
Est-ce l’approche de l’hiver qui fait que les grandes étendues froides et blanches ont le vent en poupe ? Après La marche de Régis Penet en août, voici que Casterman s’enfonce à son tour dans la froidure de la Sainte Russie avec La fin du monde en trinquant et Dans les forêts de Sibérie

Inspiré de la retraite de Sylvain Tesson sur les berges du lac Baïkal en 2010, ce roman graphique décline, après un reportage et un film, l’échappée sibérienne de l’écrivain voyageur. 

Pour qui ne goûte pas au plaisir des voyages immobiles ou qui est réfractaire aux crises érémitiques, cet album n’est pas forcément un ouvrage des plus conseillés. D’aucuns voudront considérer la démarche de l'aventurier comme une volonté de revenir à l’essentiel, d’introspecter sa force intérieure, de redécouvrir la maîtrise du temps et de l’espace… au fil des secondes qui s’écoulent, seul, ou des pas qu’il faut faire, par -30°C, pour ne plus l’être. En cela, ils seront probablement en phase avec la finalité première de cette retraite sciemment préparée. Quoiqu’il en soit, la dimension humaine comme la grandeur des paysages peinent à transparaître à travers un récit qui égrène six mois d’isolement réglés avec la régularité d’un métronome. Les planches de Virgile Dureuil défilent comme les jours, mais si la neige, les promenades, les corvées de bois ou d’eau, la vodka ou quelques rares visites suffisent peut-être à remplir l’espace vacant de la page blanche, ils n’arrivent cependant pas à lui conférer une véritable dimension existentielle. 

Une fois lu, Dans les forêts de Sibérie tient plus du carnet de voyage que du périple initiatique, effleurant seulement l’essentiel… mais après tout l’essentiel n’est-il pas de ne penser à rien si ce n’est de s’abriter de la morsure du froid et de profiter de la chaleur de la vodka ?

VERTIGES

© Daniel Maghen 2019 - Rochette
D’aucuns la trouvent belle et la chantent, d’autres préfèrent la descendre sur un chariot de foin. Il y a ceux qui les gravissent parce qu’elles sont là et parmi la multitude des amoureux de montagne, il y a Jean-Marc Rochette et ses Vertiges

Au fil des pages, au gré des planches, cet artbook édité par Daniel Maghen invite, par l’intermédiaire de Rebecca Manzoni, à la découverte d’un auteur qui, depuis Edmond le cochon ou ses publications dans (À Suivre), n’en finit pas de marquer le paysage de la BD française. Au cours d’un interview, le dessinateur isérois se livre sur son enfance, sa carrière, ses doutes quant à la maîtrise de son trait, le sens de sa peinture ou son plaisir d’écrire, et parle (avant tout) de son amour pour cette montagne qui a failli le tuer, mais qui demeure sa raison de vivre. 

Des recherches de Terminus aux planches du Loup en passant par ces peintures où l’abstraction des formes libère la puissance des émotions que suscitent les sommets, Vertiges constitue un cadeau idéal à glisser sous le sapin. 

 

LA MYSTERIEUSE AFFAIRE AGATHA CHRISTIE

© Vents d'Ouest 2019 - Van den Heuvel & Jacqmin
Le 3 décembre 1926, Agatha Christie disparaissait mystérieusement ! Durant douze jours, personne ne sut ce qu’elle ne fit ni où elle était… même pas elle ? C’est cette énigme, jamais élucidée, qui sert d’alibi à Chantal van den Heuvel et Nina Jacqmin pour écrire La mystérieuse affaire Agatha Christie. 

Ni véritable biographie et encore moins fiction, cet album s’attache plutôt à la personnalité, à travers ses blessures et doutes, d’une auteure sur laquelle tout a été dit et écrit. Le parti pris est celui de l’imagination qui, de l’enfance à l’âge adulte, confère à celle ou celui qui en est dotée la capacité d’aller là où personne ne va ! Le rêve peut être une forme de fuite, mais pour la scénariste belge, il n’est question que d’évasion.

Rigoureux dans la structuration de ses planches, mais doux par ses couleurs et le trait, ce récit permet d’appréhender la célèbre écrivaine en dehors de son art et constitue une occasion de renouer avec celle dont l’œuvre a marqué son temps et peut-être ceux qui suivront ! 

LE SCORPION

12. Le mauvais augure
 
© Dargaud 2019 - Desberg & Marini
Le secret des Trebaldi n’est plus et avec lui le Scorpion !

Ce douzième opus met fin à la coopération du duo Desberg & Marini qui, depuis près de vingt ans, veille sur la destinée du faiseur de reliques, pilleur des cœurs et, à ses heures perdues, redresseur de torts. 

Les vieux couples ont leur histoire sur lesquelles eux seuls peuvent revenir. Quoi qu’il en soit, ce dernier album scelle la fin de leur héros et si celui poursuivra certainement ses pérégrinations, il ne saurait en être qu’autrement.

Avec le temps, Enrico Marini a acquis une maîtrise telle qu’il aborde désormais son dessin non pas avec un souci de précision mais d’expression et même si, pour certains, le trait perd en minutie, il faut convenir qu’il conserve une dynamique et une expressivité jusque dans sa mise en couleur qui est la marque de la maturité. Quant à Stephen Desberg, en scénariste avisé, il prend soin de refermer consciencieusement toutes les portes, tout en veillant à laisser une fenêtre ouverte ! 

Ainsi, s'achève dans le sang et la traîtrise une aventure longue de douze albums qui a su fortement contribuer à la renommée de son dessinateur.

mardi 5 novembre 2019

UNE VIE DE MOCHE

© Marabulles 2019 : Bégaudeau & Guillard
Guylaine n’est pas ce qu’il est convenu d’appeler une jolie femme. En fait, Guylaine est moche…, du moins, elle se voit comme telle !

La beauté…, vous avez quatre heures ! 

Pour leur part, François Bégaudeau et Cécile Guillard s’essayent à appréhender, au travers d'une existence, cette injonction sociétale en quelques cent-quatre-vingt-douze planches. 

Au gré des années qui passent, Guylaine traine sa « mochitude », utilise tous les subterfuges pour s'en détacher tout en étant obsédée par cette perfection corporelle qui se refuse à elle. Le choc, la révolte, la tristesse, la quête de sens et, enfin, la sérénité… In fine, Guylaine fera le deuil d’un état de grâce qui l’a ignoré, d’une vie qui aurait pu être différente si elle avait été de celles sur qui les hommes se retournent ! Avec subtilité, les dialogues suivent la progression psychologique d’une héroïne qui ne l’est pas et donne à cette autobiographie imaginaire toute sa densité et son à-propos, car la force première de cet album est d’être terriblement humain. Guylaine devient en fait la porte-parole de cette foule d’invisibles, victimes de la tyrannie de l’esthétisme. Pour dépeindre un tel sujet, Cécile Guillard opte pour une mise en couleur monochrome, terne, aux teintes éteintes sans véritable relief, mais non dénuées de subtiles variations. Le trait est à l’unisson, volontairement épuré, sans fioriture, axé sur l’essentiel en évitant l’accessoire et se retrouve au service d’un récit où le fond prime évidement sur la forme.

La vie d’une moche est de ces albums qui amènent à se poser, ne serait-ce qu’un instant, une foultitude de questions et à regarder le monde différemment… La vraie beauté est intérieure, dit-on, mais uniquement pour ceux/celles qui se donnent la peine de la rechercher ! 

DRACULA

© Glénat 2019 : Bess
Dracula est né de l’imagination de Bram Stoker… en 1897. Depuis, le cinéma s’est largement emparé de la singularité d’un personnage qui cristallise les peurs ancestrales lovées dans l’inconscient collectif. Dès lors, pourquoi s’atteler à une adaptation dessinée alors que tant ont été filmées, écrites ou illustrées ? Certainement, le plaisir de transcrire la complexité d’une créature aussi fantasmagorique que charismatique, d’un mythe à la fois monstre sanguinaire et victime expiatoire.

L’ancien compagnon de route de Jodorowsky n’est pas un néophyte en matière puisqu’il s’est fait les dents sur le sujet avec sa trilogie du Vampire de Bénarès. Mais des Carpates encore moyenâgeux à une Angleterre toute victorienne, l’ambition est ici différente. Alliant puissance des encrages et précision dans les envolées gothiques, comme la souplesse et la douceur dans les transports romantiques, la main de celui qui en un temps se définissait comme un mercenaire du 9e art maîtrise parfaitement sa technique et les différents registres émotionnels. Tour à tour dense ou texturé, mais toujours noir, telle la nuit et l’âme damnée qui la hante, le graphisme de Georges Bess se joue, en d’esthétiques constructions, des pleins et des vides pour distiller angoisse et peur. La beauté du trait est ici un piège, car elle fait oublier la noirceur des desseins de cette émanation du Mal en transcendant le rapport à la mort, au sexe, à l’amour qui lie, sur un mode subliminal, le bourreau à ses victimes.

Éternelle source de fascination, Dracula séduit et l’album de Georges Bess, sur une variation de l’œuvre originelle, en perpétue superbement le maléfique magnétisme. 

GUERILLA GREEN

© Steinkis 2019 : Damble & Kalkair
Le vert est la couleur du moment ! Effet de mode ou préoccupation de fond, difficile de s’y retrouver dans la diversité des discours ambiants. Guerilla green apporte sa petite pierre au cairn de l’écologie urbaine, version 2.0.

Reprenons depuis le début. Ophélie Damblé officie sur YouTube où elle prône la reconquista végétale, la seed action et les bombes à chloroplastes. Pour sa part, Cookie Kalkair a déjà sévi en solo sur Pénis de table ou 9 derniers mois. Voilà pour les promoteurs de l’affrontement végétalisé. 

Question forme, cet album militant - au format atypique et à la pagination conséquente - mise graphiquement sur des couleurs douces et un dessin "blog and Co", simple et vivant. Structuré en chapitres qui renvoient - grâce à un QR code - aux publications de Ta Mère Nature, le propos joue sur le registre du dilettantisme branché. Destiné aux 15 -35 ans connectés et urbains, Guerilla green a été calibré pour eux : ce one-shot au verbe prolixe et accessible se consomme donc vite et possède la rémanence d'une vidéo sur Instagram. Si, les fondements historiques du mouvement de Green Guerillas, la plantation de pommes-de-terre sur les giratoires, les astuces de grand-mère pour bouturer les plantes en pots ou encore les meilleurs spots permettant de s’adonner aux joies de la Garden attitude se veulent autant de bombes à graines lancées dans les plate-bandes engazonnées d’une génération qui n’a pas oublié les Trente glorieuses, il faudrait cependant ne pas perdre de vue que nous dégradons une planète à l’exiguë finitude ! 

Petite friandise mentholée pour guérilleros du dimanche, Guerilla green est bien évidement imprimé sur du papier issu de forêts exploitées en gestion durable sans préciser toutefois la labellisation (FSC, PEFC ou Écolabel Européen ?), ni indiquer si les encres sont végétales ou certifier les pratiques RSE de l’imprimeur espagnol, mais cela va de soi...

LES AILES DU SINGE

3. Chicago

© Paquet 2019 : Willem
Chicago, 1933. La prohibition bat son plein et l'Exposition universelle va faire exploser la demande en alcool canadien. Il y a du travail pour ceux qui ne sont pas trop regardants...

Étienne Willem continue sa visite de l’Amérique de l’Entre-deux-guerres. Après New-York et Hollywood, voici qu'Harry Faulkner survole les eaux du lac Michigan. 

Depuis Ésope, il est d’usage d’utiliser les animaux pour parler des hommes et des productions comme Le châteaux des animaux ou Les cinq terres laissent à penser que le procédé n'a pas vieilli et conserve nombre de ses attraits. Toujours aussi à l’aise avec la gent animale quand il s’agit de lui donner vie à travers un graphisme qui doit beaucoup à l’école de l’animation, Étienne Willem (lorsqu’il est question du scénariste) semble prendre une nouvelle orientation en insufflant sur son univers quelques onces bien pesées de fantastique !

Mené telle une grande production cinématographique avec une touche d’auto-dérision providentielle, ce troisième volet des Ailes du Singe est à recommander sans aucune modération.

YOKO TSUNO

Anges et faucons  
 
© Dupuis 2019 : Leloup
La nostalgie ne serait-elle pas une forme de masochisme ? La sortie du vingt-neuvième volet des aventures de l’égérie du Soleil levant apporte son lot de réponses. 

Il y a deux manières de disserter sur cet album, si ceci a un sens !

La première consiste à regretter les années passées et à se justifier en arguant que les physionomies de tous les personnages, à commencer par le rôle-titre, sont les victimes d’une approximation qui tranche singulièrement avec la précision apportée à dessiner les décors, le Tsar ou une locomotive à vapeur ! La main se fait-elle plus hésitante lorsqu’il s’agit de l’expressivité d’un visage ? Il est vrai que la rectitude de l'empennage d’un Handley Page 42 peut se traiter à la règle ! S’il s’agit d’aborder brièvement le contenu, Yoko a toujours été une jeune fille bien sous tous rapports, mais avec le temps la vertu devient naïveté. Ses premiers lecteurs ont vieilli, le monde a évolué, toutefois la demoiselle demeure figée dans un univers où les méchants ne le sont pas vraiment et où tout finit bien. Roger Leloup s’en est expliqué, mais empêche ainsi toute réelle évolution psychologique de son personnage qui, peu à peu, s’efface au profit de nouveaux protagonistes bien moins charismatiques. 

Cela étant, la seconde façon de considérer les choses consiste à se réjouir car, imprimé à 100.000 exemplaires, l'album est actuellement en tête des ventes, preuve par l’exemple que la divine Nippone suscite encore les passions, récompensant ainsi un auteur qui a beaucoup compté pour nombre de lecteurs de 7 à 77 ans et plus. Au passage, il convient de saluer la longévité de Roger Leloup et son souci à faire plaisir à son lectorat en continuant de lui offrir de gentilles histoires. L’intention est louable, cependant le résultat ne possède plus le charme d’antan…

Anges et faucons est l’occasion de revoir Yoko Tsuno, jeune femme de papier qui, depuis longtemps, n’est plus la même, mais peine à devenir une autre ! 

JAZZ MAYNARD

7. Live in Barcelona
 
© Dargaud 2019 : Raule & Roger
Après la parenthèse islandaise, Jazz est de retour à Barcelone. Pour peu la vie serait paisible, si à El Raval la violence ne suintait des murs… 

Il est des histoires qui doivent se finir. Alors, Raule et Roger prennent soin de refermer toutes les portes du passé du musicien cambrioleur, même celle de sa prison ! 

Sur Live in Barcelona où planent la trompette de Chet Baker et la mort, le duo espagnol montre, sans ostentation, toute la maîtrise accumulée depuis Home sweet home. Alors, à l’heure de se quitter, si la question de savoir ce dont il faudra se souvenir se pose, et s’il est un choix à opérer, ce sera celui de ne retenir que l’indéniable puissance de ces encrages qui laissent à dire que cette série n'a été pensée qu'en noir et blanc. Avec cet ultime récit, Raule délivre un scénario presque intimiste, une sorte de huis clos avec la voyoucratie d’El Raval en toile de fond et les souvenirs du trompettiste dilettante en guest star. Mais une nouvelle fois, le rouge du sang appelle le noir du deuil ; et, c’est la fois de trop pour un Jazz Maynard qui, dans les fumées du Cave Canem, préfère désormais jouer When I Fall in Love plutôt qu’Every Time We Say Goodbye

En sept albums, Raule et Roger ont su imposer un personnage, un style, une ambiance. 

VASCO

L'or des glaces

© Le Lombard 2019 : Révillon & Rousseau
Dernière épopée sur les terres du prince Dimitri qui deviendront au fil du temps la Grande Russie. Pour l’heure, Vasco souhaite ré-ouvrir de vieilles voies commerciales, ce qui nécessite nombre d’alliances locales… 

L'or des glaces clôt une série initiée depuis 1983 et riche aujourd’hui de trente albums. Depuis L’or et le fer, Vasco Baglioni a mûri, parcouru les contrées connues du Trenceto en long, en large et en travers, en portant haut la bannières des banquiers siennois et de la bande dessinée historique. 

Cet album dessiné par Dominique Rousseau, scénarisé par Luc Révillon et mis en couleur par Chantal Chaillet permet au Toscan de se retirer sur une ultime aventure que n’aurait pas reniée le père adoptif de Lefranc. Alliance de la rigueur de ligne claire et du respect du passé, cette saga est le témoin d’une époque révolue, qui persiste cependant à cultiver ses héros. Ce récit final est à mettre en regard du hors-série Ombres et lumières sur Venise, une réédition augmentée en noir & blanc de Ténèbres sur Venise, qui donne à apprécier la qualité du trait de Gilles Chaillet et la technicité des décors de Thierry Lebreton. 

Vasco a su vieillir et se tromper, mais son plus grand mérite est d’avoir permis à ceux qui l’accompagnèrent de découvrir, au gré de cette fiction que fut sa vie, quelques pans d’Histoire !

ORBITAL

8. Contact
 
© Dupuis 2019 : Runberg & Pellé
En se plaçant délibérément au-dessus des cités de la Confédération, les Névronomes mettent en péril l’équilibre même de l’ODI qui ne peut que réagir. Pour tenter de sauver les uns comme les autres. Caleb, Mézoké et Dernid accompagnent Angus, dans les confins des mondes connus… 

Impression contrastée après le clap de fin de cette quatrième mission du duo humano-sandjarr. Graphiquement, l’album s’inscrit dans la continuité de Implosion, confirmant la rupture avec les trois missions précédentes. Si les paysages d’Udhsem possèdent un charme exotique et vénéneux à souhait, Serge Pellé n’arrive cependant pas - malgré la grande qualité technique de ses planches - à faire transparaître l’angoisse et le suspense dans lesquels devraient être plongés les divers protagonistes. Il en est de même pour le scénario de Sylvain Runberg. À l’évidence, il y avait encore beaucoup de choses à dire pour ce final et les développements pris par certaines séquences réduisent d’autant les possibilités narratives pour les autres. Ce faisant, il est difficile d’exploiter pleinement la complexité de la crise vécue par la Confédération ou de donner plus de profondeur aux personnages.

Avec Contacts, Sylvain Runberg et Serge Pellé sont probablement arrivés au bout du chemin, mais il leur reste tant de nouvelles voies à explorer... 

samedi 21 septembre 2019

LEONARD 2 VINCI

© Futuropolis 2019 : Levallois
15018, les restes de la Terre errent dans le cosmos. Le "Renaissance" a accosté l’un de ces débris, celui où se trouve les ruines du Louvre, miraculeusement conservées. Sa mission ? Retrouver dans les vestiges du bâtiment un tableau de Léonard de Vinci, afin de  ressusciter ce dernier de parmi les morts… 

2019 est l’année du 500ème anniversaire de la mort du génie italien et du 24 octobre prochain au 24 février 2020, le musée de la rue de Rivoli lui consacre une rétrospective exceptionnelle. 

Léonard 2 Vinci est d’abord un bel objet de par sa conception, notamment son format et sa couverture superbement travaillée. Mais le fond et la forme sont-ils à l’unisson ? La première planche donne le ton, porteuse d’un espoir jamais déçu. Disons le simplement, Stéphane Levallois livre une partition graphique époustouflante. Poussant la minutie et le souci de l’imprégnation jusqu’à redessiner lui-même à la manière du maître florentin, il parcoure l’œuvre immense de celui-ci et prélève çà et là, au gré de ses besoins, les fragments de vie où les éléments picturaux nécessaires à ce conte fictionnel. Ainsi, il créée un album composite où dans un étrange parallèle de gris et sépia deux histoires éloignée de 13.500 ans se côtoient ; le futur de l’Humanité se retrouve alors incrusté dans un tableau du cinquecento. Mais l’auteur de La résistance du Sanglier en tant que scénariste sait donner une autre dimension à son histoire lorsqu’il rend hommage à l’homme sans éluder sa part d’ambiguïté. Ingénieur visionnaire, observateur scrupuleux du monde qui l’entourait, artiste à l’expressivité rarement égalée, Léonard de Vinci subjugue et Stéphane Levallois le transfigure, l’érige en démiurge augmenté capable de traverser le temps pour venir terrasser à lui seul les ennemis de l’espèce humaine et reproduire son génie à l’infini. Ce qui ne manquera pas d’interpeller. 

Visuellement hors des normes, ce récit d’un futur au-delà de la raison, fruit de rêveries passées et finalement achevées impose définitivement le talent de Stéphane Levallois et les commissaires de l’exposition Léonard 1 Vinci ne s’y sont pas trompés puisqu’ils font de Léonard  2 Vinci la BD officielle de l’événement.


jeudi 19 septembre 2019

IRA DEI

3. Fureur normande
 
© Dargaud 2019 : Brugeas & Toulhoat
La Sicile est déjà fort loin et le sud de la Péninsule s’avère être une nouvelle terre de conquête pour cette petite noblesse normande sevrée de richesses et de titres. Mais ni le royaume de Byzance, ni le souverain pontife ne laisseront un Normand mettre à sa main la botte italienne. 

Avec ce troisième volet, Ira Dei cultive toujours le goût du sang et des échauffourées meurtrières. 

À l’évidence, Ronan Toulhoat ne souhaite laisser aucun répit à quiconque. De la composition de ses planches jusqu’à ses encrages marqués ou à la mise en couleurs, tout est fait afin d’exacerber la détermination des belligérants et la danse macabre des armes de taille ou d’estoc. Italie oblige, si les combats sont dantesques, le scénario est machiavélique et Vincent Brugeas s’adonne avec brio aux subtilités de la Realpolitik médiévale. Soif de (du) pouvoir, désir de gloire, fourberies en tous genres et manœuvres de basse politique sont les maîtres-mots d’une intrigue qui ne compte pas ses morts. Qu’importe celui qui tient l’épée, pourvu que la victoire soit au bout. 

Des assauts nocturnes d’un repos toujours guerrier aux mortelles chevauchées diurnes, Fureur normande ne ménage en rien celui qui a décidé de suivre Tancrède sur les chemins sanglants de sa rédemption.

LE SUAIRE

3. Corpus Christi, 2019
 
© Futuropolis 2019 : Mordillat & Liberge
Corpus Christi, 2019 sème le doute. Entre mystiques et fanatiques, quel dieu y reconnaitrait les siens ? L’exaltation n’est pas la foi et les combats les plus nobles se doivent de se préserver des excès qu’ils dénoncent. En l’occurrence, ce pourrait-être la conclusion de ce triptyque, si une certaine hystérie ne venait pas brouiller la lecture de ce dernier volet. 

Tandis que les premiers instants restent dans la lignée de Lirey, 1357 et Turin, 1898, le récit évolue rapidement vers une certaine confusion des genres pour finir dans un maelstrom où il devient difficile de se retrouver. Si le propos est de mettre en exergue l’absurdité de tout fanatisme, l’objectif est atteint, mais en fallait-il autant ? N’y avait-il pas une autre voie que cette confrontation pandémoniaque pour (dé)montrer l’aliénation inhérente à toute dévotion, quelle qu’elle soit ! Est-il utile de vouloir faire rimer liberté d’expression et provocation ? In fine, la multiplication des sujets tels la folie, la vengeance, l’extrémisme ou la manipulation des foules, brouille la compréhension d’un scénario par trop excessif. 

Afin de soutenir une telle densité et lui donner sens, le graphisme d’Éric Liberge est poussé dans ses derniers retranchements. Les jeux de lumières entre chiens et loups, les embrasements crépusculaires ou la noirceur qui animent les divers protagonistes mettent le talent du dessinateur bordelais largement à contribution ; et si nombre de planches sont parfois chargées jusqu’à la saturation, le travail réalisé ne peut être que salué. 

Obscur tant dans sa forme que sur le fond, cet ultime opus du Suaire pèche par la confusion des ambitions... Que ses scénaristes soient pardonnés et qu’ils rendent grâce à Éric Liberge de les avoir sauvés. 
 

MATA HARI

© DM  2019 : Gil & Paturaud
Le 15 Octobre 1917, Margaretha Zelle fut exécutée au petit matin au fort de Vincennes entrant ainsi dans l’Histoire. 

Il est des destins qui laissent une empreinte qui doit plus aux fantasmes collectifs qu’à la réalité historique. Celui de Mata Hari est de ceux-ci. 

S’attachant à l’historicité des faits plus qu’à la fiction et ce jusque dans un dessin imprégné d’un réalisme à la beauté académique, Esther Gil et Laurent Paturaud livrent un album qui essaye de faire preuve d’impartialité et de désacraliser le mythe ! Si, sur l’instant, l’Armée française fit croire avoir exécuté une espionne afin de revigorer le moral de la Nation, elle créa sans le vouloir une légende… La jeune Néerlandaise qui passa sa vie à l’inventer n’aurait pu imaginer pareille fin. Mais vouloir réintégrer un tel personnage dans sa dimension humaine a-t-il un sens ? Dans le cas présent, la vérité importe-t-elle vraiment ? Fausse ingénue ou intrigante à la solde de l’ennemi, demi-mondaine ou danseuse érotique, amante libre de ses choix ou prisonnière de ses ambitions, manipulatrice ou manipulée… cette sulfureuse égérie du début du XIXe était une personnalité par trop complexe et cosmopolite pour l’époque et chacun peut retrouver en elle ce qu’il recherche ! 

L’Histoire a depuis longtemps oublié Margaretha Zelle, il n’en est pas de même pour Mata Hari. Cette nouvelle pièce versée à un dossier déjà fort conséquent n’apporte pas d’éléments nouveaux pour ceux déjà au fait de sa vie. Il n’en reste pas moins un trait qui magnifie l’éclat d’une femme qui sût en user.

mardi 10 septembre 2019

KEBEK

1. L'éternité
  
© Daniel Maghen 2019 - Gauckler
Un effondrement de terrain à la mine de "La grande Ourse" met à jour un artefact extraordinaire : une sphère parfaite en diamant noir. Roy Koks, responsable de la prospection et Natane, géologue du groupe Sekoyae vont être propulsés au cœur d’évènements qui les dépassent.

Au-delà du graphisme de Philippe Gauckler qui contribue grandement à la puissance narrative de Kebek, l’attrait de ce récit réside dans son équilibre des genres. Histoire d’anticipation : certes ! D’amour : également. Manifeste écologique et sociétal : aussi ! Conte post-apocalyptique : à l’évidence…

Paradoxalement, il n’est pas question ici de conquête spatiale ou de guerres entre les étoiles, mais d’une interrogation plus introspective, relative à nos origines. Au fil des planches et au travers de backwards/forwards à la fluidité maîtrisée, cette découverte va ébranler le monde jusque dans ses fondements. L’enjeu est désormais de savoir pourquoi et comment et le rôle des différents protagonistes introduits lors de de  premier volet


Esthétiquement des plus réussis, ce récit d’anticipation plus que de science-fiction constitue un solide divertissement parfaitement orchestré qui sait préférer une certaine profondeur du propos  aux poncifs du genre.

jeudi 5 septembre 2019

LES DEUX VIES DE PENELOPE

© Le Lombard 2019  : Vanistendael
Pénélope - chirurgienne de guerre - est de retour. Cela fait dix ans qu’elle s’absente longuement pour tenter de sauver ceux ou celles qui peuvent l’être. 

Plus le temps passe et plus la jeune femme a du mal à revenir totalement, à comprendre les siens et à se faire accepter d’eux. Elle les aime pourtant, mais pas plus que la mission dont elle s’est investie. Car pour exister, Pénélope a besoin d’être un peu ici et beaucoup là-bas… Aujourd'hui, le fragile équilibre qu’elle croyait avoir construit avec son mari et sa fille vacille.  

Judith Vanistendael n’est plus une inconnue. Après La jeune fille et le nègre, David, les femmes et la mort et Salto, elle scénarise et dessine Les deux vies de Pénélope

Cet album, au propos aussi intimiste que profond et au dessin subtil fait d’aquarelle et de crayons, interroge le lecteur sur la manière de concevoir et construire son existence, de différencier ce qu’il convient de faire... de ce qui ne peut l’être. La question n’est pas alors de dire ou de définir qui a tort et qui a raison, mais d’appréhender comment il est possible de s’accomplir pleinement à travers ses choix et les diktats de la société. 

Les sentiments sont mis à nus, simplement, la culpabilité de se voir s’éloigner des siens est là, sous-jacente, et la souffrance de ne pas être à sa place devient vite prégnante. Certains départs ressemblent à une fuite et voilà quatre ans que Pénélope n’est pas revenue.

GUNFIGHTER


© Glénat 2019 : Bec & Rouge
Craig Bellamy reprend connaissance. Il a salement morflé, mais grâce aux Cotten, il est toujours en vie. En retour, ils requièrent son aide pour conduire leurs longhorns à Abilene… 

Avec Gunfighter, Christophe Bec refait irruption dans le genre par la grande porte ! L’entrée en matière est bien posée, les fils narratifs sont rapidement noués et les divers flashbacks distillent suffisamment d’éléments pour laisser subodorer quelques développements à venir, sans dévoiler outre mesure le cœur de l’intrigue. En procédant de la sorte, le scénariste de Prométhée ne se ménage que peu de possibilités de digressions et de réelle surprise ! Ainsi pour ce western, il centre son propos sur un bad-boy gunfighter dans le rôle-titre et fait graviter, autour de lui, une kyrielle de seconds rôles académiques. Il y a Katherine, la jolie fermière au lourd secret, Charles Wallace, le cattle king mégalomane sans scrupule affublé d’une progéniture à l’avenant, Garth, le fidèle serviteur de la famille, Wayne, le frère impétueux et bien d’autres… De son côté, la participation de Michel Rouge à ce projet apparaît comme une évidence et son trait sait pleinement rendre compte de l’immensité des espaces de l’Arizona et insuffler le mouvement et l’expression voulus aux différents protagonistes. Visuellement le résultat n’appelle aucune remarque, Michel Rouge contrôle lui aussi son sujet. 

Cette trop grande maîtrise, tant au niveau du scénario que du dessin, est paradoxalement le seul bémol qui puisse être fait à cet album. En agissant de la sorte, outre le fait de mettre la barre très haut, Christophe Bec, Michel Rouge et, n’oublions pas, Corentin Rouge se mettent dans les ornières d’un classicisme dont il leur sera difficile de s’extraire. Toutefois, il sera mal venu de bouder le plaisir qu’offre la lecture de ce volet introductif parfaitement réalisé, bien que quelque peu convenu.

LILITH

1. Livre 1

© Hachette 2019 : Vakueva
Lilith est détentrice de l’énergie pure. Elle erre, avec son frère, dans l’espace et le temps à la recherche du mot qui façonnera définitivement le Monde. 

Nina Vakueva est une autrice freelance moscovite qui s’est illustrée sur l’adaptation graphique de League Of Legends. Elle scénarise et dessine aujourd'hui chez Robinson les aventures de Lilith. 

Hybridation entre le comics et le manga, cette nouvelle production du label BD d’Hachette Livre est un produit Hiveworks comics, plate-forme américaine créée pour diffuser de la bande dessinée en ligne. Le style respecte les codes graphiques des parutions nippones tant dans sa mise en scène que dans la gestion de ses rebondissements, mais dans un format et une structuration des pages qui fait référence aux publications américaines. Le résultat flatte l’œil, mais demeure en définitive très superficiel. 

De fait, ce volet introductif vaut surtout par l’esthétique du dessin de la graphiste russe et plaira certainement à son cœur de cible. Pour satisfaire les plus exigeants, le récit devra cependant prendre quelque consistance.

samedi 31 août 2019

V-Girls

1. Incatare 
 
© Soleil 2019 :  Pécau & Ukropina
Quel point commun entre la plus belle femme du monde, une pilote émérite, l’eau et l’air ? Le dénouement de la future Seconde Guerre mondiale. Élémentaire mon cher Fleming ! 

Historien et scénariste BD, Jean-Pierre Pécau n’a pas son pareil pour réécrire l’histoire à sa manière.Construisant ce premier volet autour d’une Hedy Lamar qui de l’Extase aux prémices du Wi-Fi s’assume pleinement, le père des Archontes décline, sous la forme d’un triptyque, une nouvelle série où se mêlent éléments historiques, fantastiques et uchronie, le tout sur fond hollywoodien. Les cartes sont connues, mais rebattues habilement pour une nouvelle partie dont la mise en œuvre échoit au duo Jovan Ukropina (dessin) & Hugo Facio (couleurs) qui se révèle parfaitement efficace et ce aussi bien dans l’expressivité et la physionomie des protagonistes que l’approche très cinématographique des décors. 

Les amateurs de jolies égéries au caractère trempé, de technologies retro-futuriste et de dimensions parallèle seront ravis. Pour les autres, Incatare constitue une mise en bouche qui laisse présager d’une suite des plus consistantes !

lundi 12 août 2019

DEVOIRS DE VACANCES

La plage, un fauteuil en terrasse, une bouteille de blanc du pays et beaucoup d’albums en retard. Les devoirs de vacances… c’est sacré !  


Le Dieu vagabond

© Sarbacane 2019 : Dori
Eustis est satyre banni du pays des Dieux pour avoir osé importuner une protégée d’Artémis… Depuis il erre en quête de rédemption. Un univers graphique haut en couleurs où les références aux illustres ainés sont légions - Van Gogh, Winsor McCay, Klint, Hokusai… pour n’en citer que quatre ; une histoire à l’absurdité onirique qui permet d’aborder, au travers du prisme mythologique, des thématiques des plus contemporaines…

Voici résumée en quelques mots l’œuvre inclassable de Fabrizio Dori, un conte qui emmène le lecteur dans une réalité où les parallèles avec la nôtre sont trop nombreux pour être fortuits. 

À découvrir et à apprécier. 


L’âge d’or

© Dupuis 2018 : Moreil & /Pedrosa
Un graphisme somptueux travaillé telles les enluminures, une recherche dans le choix des couleurs qui ne doit rien au hasard, un récit digne des plus belles chansons de gestes… le dernier album de Cyril Pedrosa et Roxanne Moreil, est un petit bijou. 

Que dire de plus ? Rien !

L’âge d’or est une immersion dans les contes d’antan mais avec une touche de modernité qui en fait tout le charme et l’à propos. 

La seule question qui vaille désormais est : à quand la suite ? 


Orwell 

© Dargaud 2019 : Christin & Verdier
Journaliste, écrivain, homme de conviction, Éric Arthur Blair, alias Georges Orwell ne se résume pas uniquement à 1984. Issu de la bonne bourgeoisie anglaise, il n’hésita pas, pour écrire ses articles, à s’immerger dans les bas-fonds de Londres ou de Paris et d’aller combattre sur le front de Catalogne. Homme de gauche mais qui s’avait se montrer acerbe et critique envers toute les formes d’oppression qu’elles soient coloniale ou soviétique, il livre avec sa dernière œuvre une vision prémonitoire qui aujourd’hui fait toujours référence. 

Pierre Christin écrit ici une angiographie qui tente quelque part de mettre Orwell entre Malraux et Hemingway en oubliant les côtés sombres d’un homme qui, à n’en pas douter, en avait.

Sur une telle partition, Sébastien Verdier pose un dessin en noir et blanc au réalisme historique, simplement rehaussé de quelques incrustations en couleurs et d’interventions de guest stars.

Orwell, prouve que – sur certaines histoires - la BD et la littérature se complètent …. l’une pouvant donner envie de lire l’autre ! 


Sur nos ruines 

© Casterman 2019 : Jarbinet
Dernier volet du quatrième diptyque d’Airborne 44 avec un Philippe Jarbinet au sommet de son art. 

Ce huitième album revient sur l’un des derniers épisodes de la seconde Guerre mondiale, celui qui vit américains et soviétiques se livrer à une course sans merci aux savants nazis. Ainsi, il apparait que l’honneur n’est pas forcément une valeur cardinale en cas de guerre et que la vie des uns ne vaut pas forcément – aux yeux des états-majors – la vie des autres. 

Un dessin réaliste jusqu’au dernier bouton de vareuse et un récit qui rappelle que la conquête spatiale doit certainement un peu à ceux qui sont morts dans les chaines de montage de Mittelwerk. 


Rencontres obliques 

© Le Lombard 2018 : Clarke
4 planches, 16 cases, pour une histoire courte. 

25 histoires pour un album sombre autant qu’inquiétant. 

Des abimes de l’inconscient aux profondeurs des nuits de cauchemar, ces saynètes effrayantes par la sobriété de leur mise en scène ou la profondeur hypnotique de leur noir & blanc se nopurrissent avec une délectation morbide de nos angoisses intimes. 

À lire la lumière allumée et surtout pas avant de se coucher. 


Le Sang des cerises - Livre 1 - Rue de l'Abreuvoir 

© Delcourt 2018 : Bourgeon
De la vieille Europe aux terres africaines en passant par les bayous américains, en près de 40 ans François Bourgeon aura fait rêver et voyager près de deux générations de lecteurs. Voici Zabo à Paris à l’enterrement de Jules Vallès. La commune n’est plus, mais elle hante encore le cœur de ceux qui en furent. 

Lire Les passagers du vent vaut bien des cours d’histoire et Rue de l’abreuvoir n’échappe pas à la règle. Les dialogues en breton et argot originaux, un Paname d’époque… cet album est une plongée dans l’urbanité parisienne et dans un Montmartre d’une autre époque où la violence et la misère avaient valeur de loi. 

Toutefois à trop vouloir entremêler - dans une authenticité difficilement appréciable pour les néophytes - la petite histoire des gens de la butte avec la Grande, celle des débuts sanglants de la IIIe République, constitue un écueil, tout comme ces physionomies qui, au fil des ans, connaissent une lente évolution vers plus de figuration. 

Cependant, il faut bien reconnaître que la magie opère toujours et que cette série est indéniablement l’une des références hexagonale en la matière et ce n’est que pure justice. 


Hugo Pratt, un gentilhomme de fortune 2. Venise

© Vertige Graphic 2011 : Cossi
Cette biographie d’Hugo Pratt est à l’image des aventures de Corto entre plausible et rêverie. 

Dans une ambiance qui rappelle les aventures de l’illustre marin et un Venise qui tient les rôles titres, Paolo Cossi retrace la jeunesse insouciante et dilettante de l’auteur italien et la met indiciblement en parallèle de la vie de son allégorique héro. 

Respectant l’esprit du maestro, Paolo Cossi réalise un album qui ravira les amateurs de l’emblématique marin et de Venise.  


Renato Jones #2 

© Akileos 2018 : Kaare
La croisade de Renato Jones touche à sa fin dans une démesure qui vire, comme le concède son créateur, à la caricature… car la réalité semble dépasser cette pure fiction, du moins de l’autre côté de l’Atlantique. 

Critique au vitriol du capitalisme américain dopée aux psychotropes et stéroïdes divers, Freelance, est une débauche d’effets visuels et de considérations sur l’état de dépravation du monde. Cela part un peu dans tous les sens, n’est pas forcément des plus lisible… voire compréhensible, mais cette œuvre militante possède un coté prémonitoire dans sa surenchère qui ferait frémir.