dimanche 18 octobre 2015

Les portes du pénitencier... (air connu)


Tyler Cross : 2. Angola

© Dargaud 2015 - Nury & Brüno
Il le faut jamais croire aux affaires faciles. Il y a toujours une entourloupe quelque part ! 

En un album, Tyler Cross a marqué les esprits, un peu trop peut-être et d’aucuns l’attendaient - ou plus exactement le duo Nury & Brüno - certainement au tournant. Ne tournons pas inutilement autour du pot et restons factuels : ce nouvel album est encore meilleur que le précèdent. Encore plus noir (et blanc), désabusé, machiavélique et un brin manichéen. Nury n’a plus rien à apprendre en matière de scénario et Brüno semble être au sommet de son art. 

Tyler Cros trace la seule route qu’il connaisse : la sienne. Il y a du Corto en Tyler, le pragmatisme et le côté bad-boy en plus !

Hey Joe !


Joe Bonamassa à Tours !!!

© Dix Sept - Tours 17 octobre 2015
Rares sont les stars internationales qui viennent faire une petite incursion à Tours. Samedi 17 octobre, Joe Bonamassa venait poser, pour l’une de ses deux (uniques) dates en France, ses guitares au Vinci !

Même si la sonorisation n‘était pas toujours parfaite, la prestation du blues-man a été à la hauteur de sa réputation. Ponctuel comme un coucou suisse (qualité que ne partagea pas une partie du public), le texan déversa pendant près de 2h30, sans guère d’interruption, ses riffs et plaqua ses accords sur un public qui mis une petite heure à être chaud. Après un Sloe Gin et un Ballad of John Henry du diable, la fin du concert fut un standing ovation qui a vu Joe Bonamassa se lâcher quelque peu et se faire visiblement plaisir sur scène avec ses musiciens. 

Un moment rare qui tiendra chaud aux oreilles cet hiver.

jeudi 15 octobre 2015

L'Empire de la folie !

Le baron fou : 2. Tome 2

© Glénat 2015 - Rodolphe & Faure
Ourga est tombé sous les assauts de la Division sauvage de Nikolai Robert Maximilian von Ungern-Sternberg. Cependant, la victoire n’est qu’éphémère pour celui qui rêve de rétablir l’empire de Gengis Khan. Déjà, il lui faut reprendre le combat, laissant derrière lui Élisabeth… 

Avec ce dernier opus, Rodolphe et Michel Faure terminent de belle manière un diptyque consacré à une figure méconnue de la révolution russe. Si la fulgurance de sa carrière ne fut peut-être pas exempte d’exactions diverses et variées, il n’en demeure pas moins que le personnage est porté par une utopie qui interpelle. Enfant maudit d’une Russie qui avait opté pour le Bolchévisme et d’une époque qui livrait ses derniers héros, une destinée aussi exaltée que brève est de celles qui font les légendes… et les albums ! 

Sous la plume de Rodolphe, celui que l’Histoire a immortalisé sous le patronyme de « Baron fou » apparaît ici, certes fantasque, mais surtout porté par un idéal plus que par un sadisme sanguinaire. Ne niant en rien l'atrocité d’une guerre qui vit certainement des horreurs dans les deux camps, le récit s’attache aux doutes et interrogations de von Urgern, certain de ne pouvoir achever son œuvre mais qui espère lui insuffler l’élan permettant à d’autres de la poursuivre. Aussi, pour ne pas s’enfermer dans une simple succession de massacres, Rodolphe a le soin de distiller un rien de romantisme et une bonne dose d’introspection dans son récit, développant une certain empathie à l’encontre de l’un des derniers des généraux de l’ancienne armée impériale. Pour rendre compte des grandeurs et bassesses de cette guerre oubliée, le trait de Michel Faure fait merveille et son réalisme comme sa couleur donnent vie à un récit qui prend véritablement corps au fil des planches.

Dernier représentant d’une caste à jamais disparue, von Urgen ne pouvait connaître qu’une fin tragique et romantique. C’est ce qu’offre cette fiction, agréablement romancée…

Poussières de toile !

Flora et les étoiles filantes
 
© Le Lombard 2015 - Van den Heuvel & Collignon
Flora est une jolie quadra qui, depuis son divorce, s’essaye à trouver l’âme sœur sur les réseaux sociaux !

Annoncé comme "une comédie romantique sur la crise de la quarantaine au féminin", cet album s’attache en effet aux déboires sentimentaux d’une journaliste free lance qui cherche à oublier un mariage raté dans des aventures qui ne les ont pas moins ! L'indicible espoir de trouver le prince charmant 2.0 porte ces soixante-quatre planches, même si à quarante ans passés, nombre d’illusions le sont aussi.

Si le scénario de Chantal Van den Heuvel s’avère finalement très classique tant, comme le veut l’expression, sur le fond que sur la forme, il n’en demeure pas moins agréable avec sa causticité contenue et offre quelques dialogues savoureux. Seuls bémols à ce one-shot, une mise en page trop sage et, peut-être, la curieuse aversion de Daphné Collignon pour les personnages de profil !

Comédie de rentrée légère et optimiste, Flora et les étoiles filantes redonnera quelques espérances aux quadragénaires esseulées sans connexion 4G.


lundi 5 octobre 2015

Corto : Le retour

Corto Maltese : 13. sous le soleil de minuit
 
© Casterman 2015 - Díaz Canalès & Pellejero
Attendu ou craint, Corto Maltese est de retour. Le temps de se faire à l’idée que le marin puisse trouver d’autres pères adoptifs, et de régler de petits sujets de pure intendance entre ayants droits et éditeurs, il lui aura fallu vingt-trois ans pour revenir de Mü. 

La mode est aux reprises. En pareil cas, la question est toujours la même : mieux ou moins bien ? Au-delà du fait que cette interrogation n’a qu’un intérêt relatif, il est impossible d’y répondre objectivement puisque l’impartialité ne peut être de mise en pareille occasion. Toutefois, vouloir parler de Sous le soleil de minuit sans faire référence à l’œuvre du maitre de Malamocco est illusoire, même s’il convient de savoir couper le cordon et de regarder devant soi plutôt que derrière. 

Au risque d’entendre hurler les puristes, ce nouveau chapitre de la vie de Corto est plutôt une réussite. En premier lieu, il faut reconnaître que Ruben Pellejero sait s’inscrire dans la continuité, mais en apportant sa propre perception à l’univers graphique du natif de La Valette. À l’évidence, le dessinateur Catalan a parfaitement intégré les codes visuels du petit monde de Pratt et a des idées bien précises sur la manière dont il entend les restituer, et c’est tout à son honneur. La chose est moins évidente pour Juan Díaz Canalès qui bien que respectant lui aussi les canons originels, n’arrive pas (encore) à lui insuffler une magie identique. Les bases sont là, les quatre strips dans toute leur l’horizontalité, le mélange de réalité et fiction…, mais, le récit s’avère trop dense, sans réel fil rouge si ce n’est que de conduire son héros de San Francisco à Dawson. In fine, il manque cet art de l’éclipse, du non-dit, qui donnait tout son sens et sa valeur aux récits de Pratt. Car l’erreur scénaristique de cet album, si cela en est une, est d’avoir oublié que pour Corto Maltese la quête importe plus que l’aventure ! 

Pour ceux qui ne connaissent rien des pérégrinations de l’illustre Maltais, il ne pouvait être meilleure introduction. Reste à espérer qu’ils suivent ensuite les routes menant vers Samarkand, Stonehenge, Shanghai ou Venise…

Sort de ce corps, la Bête !

Promise : 3. Incubus
 
© Glénat 2015- Lamy : Mikaël
À l’écart du monde, Promise s’en est finalement exclue et, sous des allures de saint homme, le Diable a décidé de faire de cette bourgade oubliée de Dieu, son antre…

Il est des auteurs qui insufflent à leurs albums une patine particulière ; Thierry Lamy et Mickaël semblent appartenir à cette catégorie, en ce qui concerne Promise du moins. 

Difficile de disséquer ce dernier volet d’un triptyque atypique, western par le cadre, fantastique par le sujet ; rappelant en cela Hell West de Frédéric Vervisch et d’un certain… Thierry Lamy ! S’il fallait qualifier d’un mot cette série, « tension » serait probablement le plus approprié. Tension dans la mise en couleurs, qui par sa palette de gris et bruns ne laisse que peu de place à des notes colorées si ce ne sont qu’un fugace rayon de soleil en première page ou les flammes de l’Enfer quelques planches plus tard. Tension encore dans un scénario qui n’offre aux habitants du village aucune autre issue que celle d’une fin expiatoire. Tension enfin dans le graphisme de Mikaël qui noie la petite bourgade sous un déluge de fin du monde et sait retranscrire la psychologie chaotique ou troublée des divers acteurs.

Variation Shoshones du Bien contre le Mal, Promise sort des sentiers battus de la conquête de l’Ouest pour emprunter des voies où l’esprit des Anciens souffle encore…

Drôle de nuit

Les nuits de Saturne

© Sarbacane 2015 - Gomont
Que faire après avoir passé la majeure partie de sa vie à ruminer sa vengeance en prison ? 

Adaptation de Carnage constellation de Marcus Malte, Les nuits de Saturne relève plus de l’étude de mœurs que du thriller. Ce qui pourrait n’être qu’un règlement de compte, bien sanglant, entre anciens associés, prend un tout autre parti. À travers une rencontre des plus improbables, ce récit s’attache à la transformation intérieure d’un ex-terroriste qui en vient à douter du bien-fondé de sa vendetta. Pour mettre en image ce roman, Pierre-Henry Gomont utilise un trait flottant et indécis qui pose l’album dans l’introspectif, impression renforcée par une mise en couleurs crépusculaire (une grande part de l’histoire se passant de nuit) comme si la pénombre était l’écrin propice à un amour pour le moins surprenant. 

Sous ses allures de road-movie, Les nuits de Saturne sonne d’une justesse désabusée, pas forcément des plus morales, mais c’est ce qui en fait peut-être le charme.