mardi 10 septembre 2013

Game over


Lost Planet : 1. First colony
  
© Glénat 2013 - Dorison & Dall'Oglio
E.D.N III, la bien-nommée. Planète glaciaire sur laquelle l’équipage du "Crusader" espère faire fortune en récupérant des engins de terraformation. Mais ce qui devait être une ballade de santé vire au cauchemar...

Au commencement est le jeu. Celui sur Xbox 360 ou PS3 qui permet à plusieurs milliers d’adeptes de trucider allègrement une flopée de monstres en tous genres entre deux parts de pizza. De la production développée par Spark Unlimited dont le dernier épisode est sorti fin d’août, l’album de Massimo Dall'Oglio et d’Izu ne conserve que les décors, les créatures autochtones et leur T. Eng. Pour le reste, place à la nouveauté !

Izu ! Derrière ce pseudonyme se cache Guillaume Dorison – le frère de Xavier –, scénariste du récent Seigneurs de guerre paru en mai 2013 et qui possède déjà de sérieuses références aussi bien dans le monde du virtuel (ancien rédacteur en chef de Game Fan) que dans celui des bulles (ex directeur littéraire chez Les Humanoïdes). Ceci étant, le synopsis de First colony, sa dernière histoire en date, s’avère convenu et sans grande originalité bien que parfaitement conduit pour ce type de production. Psychologie limitée et actions à tout va constituent le leitmotiv de cet opus.

Côté graphisme, Massimo Dall'Oglio n’hésite pas à emprunter de nombreux visuels à l’univers produit par Capcom, et – au niveau des personnages – au manga, le tout au format standard du franco-belge. Le dessinateur transalpin livre ainsi une partition hybride qui ravira un lectorat jeune sans totalement dérouter les plus âgés !

La sortie conjointe du troisième volet du third person shooter et du premier volume de la série est-elle une simple coïncidence ? Pas certain ! Mais est-ce suffisant pour faire le buzz ?

Puisque tout est écrit...


Livre de Skell (Le) : Chant 2
 
© Quadrants 2013 - Mangin & Servais
Tout est si simple, il suffit d’avoir Le livre de Skell comme guide ! Alors, puisque tout est écrit, il ne reste plus qu’à en tourner lentement les feuilles...
Initié tel une réflexion sur la soumission nécessaire à réalisation des desseins divins, Chant 2 se termine en mise en abyme, figure littéraire appréciée par Valérie Mangin.
Que dire de cet album sans en évoquer la fin ? Bien peu de chose, si ce n’est que ce diptyque pose nombre de questions qui auraient autant leur place dans les annales de philosophie du bac que dans les bacs des librairies spécialisées : savoir et ne plus croire, libre arbitre et religion, émancipation et servilité deux faces d’une même réalité… Au demeurant, il est rassurant de constater qu’il y a matière, sur des sujets aussi austères, à de jolis phylactères !
Sur ce dernier point, le travail de Stéphane Servain est à mentionner puisqu’il réalise de superbes planches, graves et sombres à la fois. De fait, une belle osmose s’établit entre textes et dessins, le tout au service d’une narration qui demeure fluide et lisible malgré une grande densité de propos sur seulement quarante-six pages.

Une jolie histoire qui donnerait à penser que la liberté n’est qu’une illusion ! Plutôt démoralisant…

Quatre boules de cuir... (air connu)



© Dargaud 2013 - Mariolle & Bourgouin
Jack Doyle est un Irlandais pur malt. Un boxeur qui donne plus qu’il ne reçoit, un mec un peu trop droit pour réussir dans le Milieu.

1933, New-York ! Une bonne rasade de mafia, un zeste de jazz, auxquels s’ajoute une généreuse dose de coups - bas de préférence. Le tout est passé au shaker (surtout pas à la cuillère !) et servi frappé. Voici Blue Note : un polar noir, un rien désabusé.

Avec ce premier volet, Mathieu Mariolle livre un scénario classique sur la forme, profond sur le fond. Engageant un parallèle entre la fin de la prohibition et le crépuscule pugilistique d’une vieille gloire du ring, il décompte les derniers instants de l’une comme de l’autre avant le gong final. Ainsi en est-il d’un homme prêt à revenir à ses vieux démons pour la beauté du noble art. Un idéaliste qui se bat contre la corruption gangrénant une ville qu’il ne reconnait plus, mais d’où se dégagent des mélopées fascinantes. Car Jack apprécie le swing autant qu’il aime les distribuer.

Sur un tel synopsis, Mikael Bourgouin propose un graphisme sobre et violent qui, à la manière d’un uppercut, va à l’essentiel. Son trait dépeint un monde de compromission où la seule couleur est le rouge : celui des shorts, des gants ou, plus prosaïquement, celui qui gicle des pommettes éclatées ou des arcades fracturées ! 

Avec quelques incursions cinématographiques - il y a du Gabin en Coburn - et les prémices d’un second round annoncé comme musical, Blue Note s’inscrit comme l’un des meilleurs albums du moment. "Quatre boules de cuir, et soudain deux qui roulent… Boxe, boxe...".

This is the end... (air connu)


Histoire secrètes : 31- Les Maîtres du jeu 

© Delcourt 2013 - Pécau & Kordey
10 septembre 2001. Dans moins de vingt-quatre heures le Monde va basculer dans une nouvelle ère. Pourquoi ? 

Initiée en novembre 2005 avec Genèse, la saga d’Histoire secrète s’achèvera(it) - après plusieurs hésitations - avec Apocalypto. Beaucoup de choses ont été écrites et dites sur cette série et il est inutile de revenir dessus, si ce n’est pour rappeler la particularité du concept : donner une autre vision de la réalité sans toutefois la modifier, quoique. Bref, le cours des évènements est ce qu’il est, mais pas pour les raisons communément admises… Décidément, Dutronc et Lanzmann avaient raison ! 

Le temps viendra d’écrire le panégyrique final lors de la parution de l’ultime et dernier album. Pour ce qui est de Ground Zéro comme des Maîtres du Jeu, le scénario s’attache au déroulement de la journée du 11 septembre 2001. La fin approchant, bon nombre de choses sont à remettre en ordre chez les Archontes dont il ne subsiste qu’Erlin et Reka. Dès lors, la difficulté pour Jean-Pierre Pécau est de savoir clore sans précipitation, ni facilité, un dénouement digne de l’attente suscitée... Présentement, le scénariste et amateur d’Histoire sait raconter la sienne avec doigté, mêlant passé récent et (science-)fiction dans deux opus plaisants à découvrir. Pour Igor Kordey, ces nouveaux volets sont l’occasion de confirmer la puissance et la force de son style, même s’il peut - à l’instar des dernières planches - faire preuve d’une surprenante sensualité. Le trait est sûr, même s'il manque parfois de constance et fait les frais d’un traitement infographique pas toujours des plus heureux. 

En attendant la conclusion… qui finira bien par arriver !

lundi 26 août 2013

Tikky Big Bang et son gang...

Little Alice in Wonderland : 2. Tango Baïonnette 


© Glénat 2013 - Tacito
Bang ! Mon nom est Bang. Tikky Big Bang, aux sévices de sa pas gracieuse majesté, la dame de Cœur. Accompagnée d’un lapin blanc et d’un nain sectaire, je parcours le pays de Wonderland pour sauver une chanteuse plus portée sur la gaudriole et les hallucinogènes que sur le rock n’ roll, le tout affublée d’un wonder soutien-nénés à double coque, d'un corset en adamantium, de bas atomiques et d’une petite culotte sidérale. Mais j’assume ma sexytude !

Après un premier opus qui a permis à Franck Tacito - c’est le nom de celui qui raconte mes aventures ! - de poser les bases d’un univers où la rationalité et la mesure sont irrémédiablement absentes, je poursuis mes pérégrinations dans Tango Baïonnette en écumant les différents niveaux d’un monde souterrain aux allures de jeu vidéo. À vrai dire, je ne sais pas ce que je fais là, perdue au milieu de maintes allusions cinématographiques et moult références de toute nature auxquelles je ne pige que pouic ; et je ne vous parle pas des débordements graphiques de mon démiurge de scénariste qui feraient passer les chansons d’Hubert Félix Thiéfaine pour des comptines pour enfants.

Que dire de plus sur cet album et accessoirement sur Alice la raveuse narcoleptique qui se la coince grave ? Rien, si ce n’est que malgré le travail de forçat de mon dessinateur chéri, je lui trouve un petit coup de mou dans les pinceaux, car ses planches n’ont pas la délirante précision ni la netteté de Run Rabbit, run ! Peut-être une histoire de qualité de papier ou d'impression ? Franck, si tu m’écoutes : ressaisis-toi ! 

Le temps passe et il faut que je me sauve, car, sauf erreur, j’ai toujours le Chapelier fou aux fesses et Dieu sait quels desseins il réserve à mes miches dans Living dead night fever

dimanche 25 août 2013

Quelques crayons au milieu des stylos !



Depuis 18 ans, la prérentrée littéraire se fait à Chanceaux-près-Loches, minuscule village du sud de l’Indre-et-Loire, sous l’égide de l’enfant du pays : Gonzague Saint Bris. 


L’hagiographe de Balzac et de Léonard de Vinci convie ainsi - sous une superbe allée de vénérables platanes - tout ce que le microcosme des Belles Lettres compte d’écrivains de talent ou d’étoiles d’un jour.


Cette année, parmi plusieurs dizaines de plumes se cachaient quelques crayons.  Le phylactère au mitan de la prose, un carré BD  - plutôt une petite rangée – au milieu d’une Forêt des livres. Le rêve !


Si le temps pluvieux ne permettra pas de battre des records d’affluence – il est regrettable que peu de monde ait pris, ne serait-ce que par curiosité, la peine de venir découvrir quelques planches. Si parfois les bulles égaillent les soirées littéraires, ce ne fut pas le cas en ce dernier dimanche d’août. 


D’aucuns diront que la bande dessinée n’a rien à faire en ces lieux, mieux vaut voir en cette présence une tentative audacieuse, qui aurait du faire l'objet de plus d’attention. Car observer Philippe Vuillemin, Robin Recht, Anlor, et bien d’autres, attendre patiemment sous la pluie, n’est guère réjouissant. Merci à eux - et a celui qui a pris le risque de les convier – d’avoir été présents et que les averses qui agrémentèrent cette-après midi ne douchent pas leur enthousiasme.


Que Monsieur Gonzague Saint Bris soit également remercié de cette initiative qui devra encore prendre corps ! Pourquoi ne pas proposer lors de la prochaine édition, une table ronde sur les relations dangereuses que la littérature pourrait entretenir avec la BD : cela tombe bien le Victor Hugo de Laurent Paturaud et Esther Gil va bientôt sortir ! 

Rendez-vous est pris pour 2014...