lundi 18 juillet 2016

UNE HISTOIRE DE L'ÎLE D'ERRANCE

 
© Glénat 2016 - Grimaldi & Plenzke
Sur l’île d’Errance, les Créatures vivent en paix dans une nature idyllique, mais l’arrivée des humains a bouleversé l’harmonie ambiante et l'affrontement devient dès lors inéluctable… 

Même s’il s’avère précéder chronologiquement Bran, Macha, le second volet de la saga d’Errance, peut - fort heureusement - se lire indépendamment de son aîné. Le jeune public pourra trouver dans ce monde matière à réflexion à travers les aventures d’une héroïne qui au-delà du simple fait de se transformer en renarde possède de bien plus larges pouvoirs. 

En utilisant les codes visuels rappelant ceux du manga et de l’animation, le dessin de Maike Plenzke attirera immanquablement l’œil des amateurs de Fantasy. Cependant, force est de constater qu’il lui manque finesse et complexité pour crédibiliser, graphiquement, cet îlot sylvestre. Coté script, en passant de l’immortalité aux amours déçus, des affres de la guerre à l’impossibilité pour l’Homme de vivre en symbiose avec la nature, la diversité des thématiques traitées par Flora Grimaldi s’avère impressionnante. Toutefois, l'ex-élève des Beaux-Arts de Lyon aborde de beaux sujets de réflexion pour nos chères têtes blondes, ceux-ci sont traités de manière trop superficielle, à l’image de ce scénario déséquilibré qui expédie la fin de l’album. Celle-là même qui met en perspective tout un pan de ce volet de la saga d’Errance... 

Macha est une histoire qui saura parler aux plus jeunes, mais d’une manière trop superficielle pour intéresser leurs aîné(e)s, mais là n’est pas le cœur de cible de l’album…

dimanche 3 juillet 2016

MON PERE ETAIT BOXEUR

© Futuropolis 2016 - Pellerin & Bailly
La mort amène toujours son lot de regrets ou de remords. Regret de ne pas avoir trouvé les mots, remords de l’avoir mal fait ! 

Le fil des jours banalise le cours des sentiments. Avant que la mort ne rende les choses inéluctables, il faut savoir parler de l’amour porté à ceux qui vous accompagnent. Idéalisant sur le tard un père, à en oublier sa mère, avec justesse, retenu et lucidité, Barbara Pellerin tourne une page qui n’avait jamais été écrite, du moins totalement, mais qui manquait dans le roman de sa vie. 

Secondée par Kris et Vincent Bailly au trait et à la mise en couleurs tout en fragilité, la vidéaste et scénariste livre un récit personnel et émouvant, où certains se retrouveront …

jeudi 30 juin 2016

Crimes et shopping

LADY KILLLER : À COUTEAUX TIRÉS

© Glénat 2016 - Jones &. Rich
Joséphine Schuller est une mère attentionnée, une épouse aimante et une femme d’intérieur avertie. Seule petite ombre au tableau, à ses heures perdues, elle est tueuse à gages…

Vous pourriez penser que Josie a recours à cette activité afin d'arrondir ses fins de mois et subvenir à l’éducation de ses deux adorables filles. Il n’en est rien. Tandis que ses voisines s’adonnent de manière compulsive au shopping ou aux réunions Avon, elle préfère – pour des raisons mystérieuses - le meurtre à l’arme blanche ! 

Bénéficiant d’un graphisme très kitch, connoté 50’s, Lady Killer, a la saveur de la dérision et de l’outrance pleinement assumée. Alors que vous pourriez vous attendre de la part d’un duo d'auteures à une certaine retenue, voire une intellectualisation de l’acte, Joëlle Jones et Jamie S. Rich s’en donnent à cœur joie dans le sanguinolent et jouent sur le décalage visuel et sociale de leur héroïne. Sous ses faux airs de Jacky Kennedy, Josie (alias Lady Killer) n’hésite pas à trancher dans le vif et à occire, salement, à grandes giclées d’hémoglobine ; l’important est le résultat plus que la beauté du geste. Féminine jusqu’au bout des ongles, Madame Schuller tue comme un homme !

Une fois l’album refermé, vous regarderez votre conjointe différemment, tout en vous jurant de mettre sous clefs l’ensemble de couteaux à découper en acier inoxydable offert par votre belle-mère. On ne sait jamais !

lundi 27 juin 2016

Allez mon Kiki !

LES AILES DU SINGE : 1. WAKANDA

© Paquet 2016 - Willem
Difficile pour un pilote d’exception d'être rivé au plancher des vaches ! Heureusement, Harry peut compter sur Betty pour s’envoyer en l’air. Enfin, façon de parler…

Se servir de nos amis les bêtes pour pouvoir évoquer - tout à loisir - les travers des hommes n’est pas chose nouvelle et, des bestiaires médiévaux en passant par La Fontaine, les références littéraires à la zoosphère sont légion. Il est alors normal que le 9e Art suive les mêmes voies. Toutefois, la bande dessinée zoomorphique reste un exercice un peu particulier, qui demande une certaine dextérité. En effet, il ne suffit pas de savoir dessiner une souris pour faire Mickey ou un chat pour donner naissance à Blacksad. Ayant montré quelques prédispositions avec L’épée d'Ardenois, Étienne Willem semble vouloir persister dans le genre et ce pour notre plus grand bonheur. À l’évidence, l’enfant de Charleroi a des facilités pour dessiner les animaux anthropomorphisés et cela se voit sur ce premier opus des Ailes du singe. 

Dans le cas présent, cette version crayonnée de Wakanda possède le charme, assumé, des productions hollywoodiennes d’entre-deux-guerres. L’absence de couleurs et d’encrage ramène chaque planche à sa dimension première ; sur le bleu, le trait brut délivre toute son expressivité. D’aucuns reprocheront à Étienne Willem d’avoir repris tous les clichés des films américains d’aventures, ceux du temps du Noir & Blanc. Mais qui s’en plaindrait tellement la chose est faite avec brio, avec cette pointe d’autodérision qui permet une certaines distanciation ? Les héroïnes sensuelles à souhait, les méchants patibulaires comme il faut, et toute la faune de seconds rôles croquée avec justesse donnent à cet album une belle consistance à la dynamique toute cinématographique. Cerise sur le gâteau, la mise en abîme entre King-Kong et le Wakanda prouve qu’Étienne Willem est un auteur complet qui sait mener toute sa petite ménagerie d’une main de maître.

John Blacksad n’a qu’à bien se tenir : Harry Faulkner fait une entrée tonitruante dans le petit monde animalier de la bande dessinée.

UN TOUT PETIT BOUT D'ELLE

© Le Lombard 2016 - Zidrou & Beuchot
Avec Un tout petit bout d’elles, Zidrou et Raphaël Beuchot clôturent leur trilogie africaine initiée en mai 2011. Exit, les conteurs de liberté ou la musicalité des bords du lac Maï Ndombé, place à un autre visage du continent Noir, celui des nouveaux colonialistes et du poids des usages ancestraux. 

À travers l’histoire d’amour entre Yue Kiang, qui travaille pour un consortium chinois venu puiser dans les richesse du Congo, et Antoinette qui rêve de visiter le Louvre, le Stakhanov belge du scénario évoque une pratique d‘un autre âge : l’excision. 

Le sujet est délicat et pourrait paraître quelque peu lointain pour celui qui en ignore tout. Écrit en sous-entendus lourds de sens, cet album laisse le lecteur hébété et incrédule fasse à cette coutume souvent perpétuée par celles qui en furent les victimes. Rituel barbare dont les seuls fondements semblent être ceux de la tradition, il est cependant dommage que Benoit Drousie ne se soit pas attaché à expliquer en profondeur les raisons qui font encore que plus de 130.000 fillettes sont mutilées chaque année. Annexé d’un complément qui permet de se rendre compte de l’étendue du drame, Un tout petit bout d’elles bénéficie de la sobriété du dessin de Raphaël Beuchot qui, par sa gestion des couleurs, adoucit singulièrement la dureté du propos et renforce l’anachronique détermination de ses héros. 

Reste au final un certain désarroi face à un acte qui, pour nous occidentaux, n’a aucun sens, mais qui continue de marquer dans leur chair la plus intime des centaines de millions de femmes de par le monde.

Salut les filles !


© Glénat 2016 - DeConnick & De Landro
Dans un futur indéterminé, les femmes vivent dans l’ombre des hommes. Celles qui auraient quelques velléités d'indépendance sont impitoyablement envoyées à «Bitch Planet», un établissement auxiliaire de conformité gravitant autour de la terre… 

Scénarisé par Kelly Sue DeConnick et dessiné par Valentine De Landro, Bitch Planet, publié aux USA depuis décembre 2014 chez Image Comics, fait aujourd’hui l’objet d’une intégrale chez Glénat Comics : Extraordinnary machine compile les 5 premiers fascicules. 

Cette série est présentée comme un pamphlet social sur la misogynie et l’oppression des minorités. Soit ! Mais encore ? La lecture de ce premier volet laisse dubitatif. La situation où se trouve la gent féminine apparaît comme un postulat puisque rien n’est expliqué, ce qui est passablement frustrant. La mise en place des protagonistes dure et ne se finalise que sur la fin de l’album, tout comme la perspective d’une confrontation sportive hautement médiatisée et… symbolique. Quant aux considérations qui sont censées constituer les fondements du scénario, elles sont taillées à la serpe et relèvent plus du parti-pris que de la démonstration. 

Alors, à l’image de son graphisme qui fleure bon l’iconographie pigmentée des années 70’s, il reste à prendre Bitch Planet pour ce qu’il est : un exercice de style qui se garde de faire dans la demi-mesure.

jeudi 16 juin 2016

La belle est la bête...

VEIL

© Delcourt 2016 - Rucka & Fezjula
Surgit du néant, elle arpente les rues, nue. Qui est-elle ? Personne ne le sait, mais son identité n’est pas la raison de l’intérêt qu’elle suscite…

Si, la présence du scénariste de Lazarus sur la couverture rassure, c’est toutefois le design de cette dernière qui attire indéniablement l’attention. Bien que Greg Rucka signe le scénario, ce dernier n’en devient pas transcendant pour autant, comme quoi, même les plus grands peuvent avoir leur moment de faiblesse. Impossible donc de s’extasier sur la psychologie des protagonistes, la profondeur des références ou la complexité des situations. En fait, l’album s’avère maîtrisé plus par l’expérience que par l’inspiration, au rat près !

L’intérêt de cette compilation de cinq opuscules parus entre mars et octobre 2014 chez Dark Horse Comics, vient du graphisme de Toni Fezjula.

Au-delà d’un travail sur les perspectives qui apporte le dynamisme attendu de ce genre de production, le parti graphique se singularise dans sa manière de traiter les ombres. Selon les supports - décors ou personnages – elles rendent l’aspect du vitrail ou de tatouages tribaux. Parallèlement, le jeune dessinateur d’origine serbe accompagne le tout d’une gestion des textures qui renforce – au travers d’une mise en couleurs pour le moins particulière dans ses choix – la densité de chaque case. Il est juste à regretter un manque d’éclat des teintes qui en aurait augmenté l’impact.

Visuellement atypique, Veil possède une personnalité qui en fait tout l’attrait.