vendredi 11 octobre 2013

Les feuilles mortes se ramassent à la pelle...



Alisik : 1. Automne

© Le Lombard 2013 - Rufledt & Vogt
"Je ne suis plus ! À vrai dire pas encore tout à fait, ce qui fait de moi une post-mortem, du moins c’est ce qu’affirme Mamie Orties !".

Dans cette tétralogie venue d’outre-Rhin, Alisik découvre que le trépas n'a rien du sommeil éternel. Automne, Hiver, Printemps et Mort, chronique en quatre actes d’un décès qui n’était pas annoncé.

Publiée chez nos voisins germaniques en juillet 2013 par Carlsen comics, la version française - éditée chez le Lombard - permet de découvrir un nouveau duo alémanique constitué d'Helge Vogt et d’Hubertus Rufledt. Quasi inconnu dans l’Hexagone, le premier semble avoir compris très tôt qu’il ne fallait pas obligatoirement être paléontologue pour croquer des dinosaures ; quant au second, il aurait troqué la marinière pour la souris afin de continuer à voyager, mais différemment !

Construit en chapitres, ce volet introductif au périple d’une jeune défunte dans les méandres du purgatoire offre un dessin à l’esthétique raffinée bien que de qualité irrégulière. Souvent touchant et vivant, le trait fait parfois curieusement preuve de moins de détachement, voire d’une certaine rigidité ! Résurgences d’années passées au service des studios Disney ou parti pris artistique ? En tout cas, le travail graphique d’Helge Vogt s’apparente visuellement plus à de l’illustration qu’à de la bande dessinée. Ainsi, chaque planche est composée d'un nombre réduit de vignettes - généralement quatre ou cinq, rarement plus, souvent moins.

Côté scénario, Hubertus Rufledt utilise comme fil rouge les préceptes du Livre des 3 fois 77 règles des morts ou les réflexions en voix off de son héroïne. Dès lors, chacun trouvera au gré des pages nombre de clins d’œil cinématographiques et autres métaphores sur la vie en général et sa finitude en particulier, les regrets, la cupidité, l’innocence, l'amour… Loin de tomber dans le pathétique ou le gore, le scénariste aborde son sujet à la manière d’un conte, traitant l’au-delà et ses tracas avec humour, légèreté et mélancolie.

Peut-être qu’un jour, on finit par accepter qu’on est mort ! Qu’en sera-t-il lorsqu’Hiver viendra ?

mardi 8 octobre 2013

Entre apparences trompeuses et faux semblants...


Au royaume des aveugles : 2. Trompeuses apparences
  
© Le Lombard 2013 - Jouvray & Salsedo
En 2060, Big Brother est devenu une réalité et chacun peut s’adonner aux joies de la télésurveillance électronique dans un Londres hyper-fliqué. Toutefois, certains tentent d’entraver l’hégémonie des caméras et de ceux qui les manipulent. Mais, dans ce monde d’images et de faux-semblants, sont-ils des résistants ou de pauvres idéalistes manipulés ?

Avec Trompeuses apparences, le trio qui officiait déjà sur Les Invisibles continue sur sa lancée, à commencer par les décors. En choisissant de conserver un cadre graphiquement très contemporain pour son récit, en ne définissant sa temporalité que par le biais de rares objets au design novateur, Olivier Jouvray ne l’ancre pas visuellement dans le registre de l’anticipation. En effet, beaucoup trop d’éléments contextuels conservent des formes actuelles pour que le lecteur puisse décemment se projeter dans ce futur... aux allures de présent. 

Ceci dit, il convient de noter que l’action se densifie et se complexifie au fil des cinquante-quatre planches et ce jusqu’au dénouement final. La tension va crescendo et prépare habilement l’ultime volet du triptyque en brouillant – au passage - les pistes. Cependant, malgré l’effort développé pour donner de l’épaisseur aux protagonistes, ceux-ci ne suscitent pas l’empathie qui permettrait de s’impliquer plus dans l’histoire. La cause est peut-être à rechercher du côté du trait semi-réaliste de Frédérik Salsedo. Parfaitement en place sur Nous ne serons jamais des héros, il n’arrive pas ici à exploiter pleinement l’univers futuriste qu’appelle le script d’Olivier Jouvray. En ajoutant à tout celà certaines facilités graphiques, l’indicible impression se confirme. 

Au final, une chronique toujours en demie-teinte pour une trilogie qui alterne le bon et le moins bon.

dimanche 6 octobre 2013

Isabellae a les yeux verts... (air connu)


Isabellae : 2. Une mer de cadavres
  
© Le Lombard 2013 - Raule & López Mendoza
Lancée à la poursuite de Siuko, Isabellae se trouve embarquée – au propre comme au figuré – sur une drôle de jonque. Au gré des rencontres, de nouveaux dangers menacent la descendante d’Ériu et si sa science du katana lui sauve encore une fois la vie, il lui faudra mûrir pour triompher. 

Joliment initié avec L’homme nuit, le nouvel opus de Raule et Gabor cultive les mêmes qualités. 

Album métissé tant dans sa géographie que par ses influences graphiques, Une mer de cadavre mêle avec bonheur l’aventure et le fantastique, les kamis aux zombis, tout comme les considérations géopolitiques à la quête identitaire d’une jeune femme aux allures d’adolescente. Le scénario est fluide, éclairant le présent par quelques flashbacks disposés à bon escient, et sait - malgré le huis clos naval - ménager à son héroïne des moments pour que celle-ci puisse s’exercer aussi bien dans l’art de la guerre que celui de l’amour. Parallèlement, le trait de Gabor est désormais posé et sert avec la même efficacité les tous registres que le script lui impose, tout en marquant la temporalité et les humeurs du récit par ses changements de couleurs. 

Un triptyque qui continue de mixer les codes du franco-belge, du manga et de l’animation pour un résultat plus que satisfaisant. A suivre avec Filles de Ériu.

vendredi 4 octobre 2013

Des ailes. Elle a...


Femmes en résistance : 1. Amy Johnson
   
© Casterman 2013 - Hautière & Wachs
Amy est une jeune Anglaise qui rêve de devenir pilote de ligne, mais dans le ciel londonien de l’Entre-deux guerres, seuls les hommes ont vraiment droit de cité. 

Sur une idée originale d’Emmanuelle Polack, en charge des archives du musée des Monuments français, les éditions Casterman lancent une tétralogie à la mémoire de femmes qui résistèrent aux forces nazies durant de dernier conflit mondial. Amy Johnson initie la série, elle qui disparut dans la Tamise au début de janvier 1941 alors qu’elle convoyait un avion pour le compte de l’Air Transport Auxiliary. 

Pour réunir en un seul et même récit ces quatre histoires, Régis Hautière et Francis Laboutique utilisent les services de Claire qui, à travers quelques coupures de presse léguées par sa tante défunte, en vint à s’intéresser à la vie d’Amy Johnson, Sophie Scholl, Bertie Albrecht et Mila Racine, lesquelles, bien que contemporaines, ne se rencontrèrent probablement jamais ! Dès lors, le duo de scénaristes imagine un sixième personnage, fictif lui aussi, pour servir de lien entre elles : Anna Schaerer. Cette présence assure une continuité au sein du quatuor féminin et invente une explication à la fin tragique autant qu’inexpliquée de l’aviatrice d’outre-Manche. Pour ce premier volet, le trait réaliste et classique de Pierre Wachs donne vie à une héroïne aussi passionnée que tourmentée et offre un album plaisant à lire puisqu’il brise habilement la linéarité historique. 

Si le dénouement est malheureusement connu, il sera cependant intéressant de voir comment les auteurs assureront la cohérence entre une mise en perspective romancée de ces destinées et leur réalité face à l’Histoire. Les deux prochains volets sont - dit-on - déjà bien avancés et Angoulême pourrait être une bonne occasion de découvrir la biographie consacrée à Sophie Scholl, dessinée cette fois-ci par Veber.

jeudi 3 octobre 2013

Un, deux, trois. Soleil !


 
© Casterman 2013 - Bajram
La Terre n’est plus et les fils de Canaan venus sauver le système solaire en combattant les C.I.C font désormais figures d’occupants… 

Il y a sept ans, se refermait le premier cycle d’une trilogie écrite en 1997. Après UW1, voici que commence UW2, en attendant - dans quelques années - la fin de l’histoire avec UW3

Auteur éclectique, capable de coder pour un jeu vidéo, de jouer les directeurs artistiques sur Alix senator ou écrire un scenario pour Jean-Michel Ponzio, Denis Bajram a retrouvé et repris en main sa palette graphique.

Saga déjà culte bien qu’au tiers écrite, Universal War demande une implication telle, qu’il était impératif que son créateur fasse une pause. C’est désormais chose faite et ses aficionados ne peuvent que s’en féliciter.  

Ce nouvel opus est techniquement une réussite. Le découpage, les cadrages, la mise en couleur, le scénario comme le dessin tout est pensé, calculé, millimétré. Trop peut-être ? Et il manque à l’ensemble cette sensibilité, cette humanité dont semble faire preuve Théa mais qui peine tant à transparaître au travers des planches. Quoi qu’il en soit Le temps du désert est un album de science-fiction total qui outre l’aspect technologique et les effets du space-opera, aborde des sujets à la limite du fait de société et, paradoxe temporel oblige, renvoie à l’actualité proche alors que le pitch a été écrit il y a plus de 15 ans ! 

En cela l’univers narratif d’UW s’inscrit dans la lignée de Dune ou du Monde des Ā car il s’accompagne d’une véritable réflexion sur un modèle de société. Adhère qui veut, mais l’effort mérite d’être souligné.